Lors du débat de lundi 30 mars à Bruxelles sur la mise en œuvre de la 'Vision pour l’agriculture et l’alimentation', de nombreux ministres de l’Agriculture ont évoqué la situation des engrais, en lien avec le contexte au Moyen-Orient, et fait montre de divergences sur les mesures à prendre.
« La volatilité des prix des engrais - un intrant stratégique pour l’agriculture européenne - continue de représenter un risque pour la production et la compétitivité, comme nombre d’entre vous l’ont souligné », a déclaré le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, lors de son intervention devant le Conseil 'Agriculture'.
Le commissaire a rappelé une nouvelle fois les mesures déjà mises en œuvre, comme la suspension des droits de douane sur les engrais, et a averti que la suspension du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) pour les engrais pourrait « renforcer notre dépendance à l'égard des importations » en provenance de pays tiers (EUROPE 13832/10).
La Commission européenne travaille donc activement sur ces problématiques, notamment à travers un plan d’action sur les engrais, qui doit être adopté prochainement.
La situation ayant évolué entre-temps, la Commission convoquera également une réunion urgente de haut niveau avec les parties prenantes, le 13 avril, afin de discuter de ce futur plan d’action, a expliqué M. Hansen.
L’accent sera mis à la fois sur des mesures de court terme et des mesures structurelles de long terme afin de soutenir la production européenne d’engrais, de réduire les dépendances, tout en aidant les agriculteurs à utiliser les engrais de manière plus efficace et à substituer les engrais minéraux avec des engrais biosourcés ou à faible empreinte carbone, a détaillé Christophe Hansen.
« Notre objectif commun est clair : veiller à ce que l’agriculture et le secteur alimentaire européens demeurent résilients, compétitifs et durables et capables de prospérer malgré les nombreuses contraintes externes », a conclu M. Hansen.
Lors du débat, plusieurs pays, comme la France, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, le Portugal et la Grèce, ont demandé la suspension du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) appliqué aux engrais.
« L’augmentation des droits de douane sur les engrais russes et biélorusses ainsi que l’entrée en vigueur du MACF sur les engrais sont venues s’ajouter aux difficultés de trésorerie des exploitations », a souligné la ministre française de l’Agriculture, Annie Genevard. Elle a réitéré sa demande de suspension immédiate et rétroactive du MACF à compter du 1ᵉʳ janvier 2026 pour les engrais à base d’ammoniac afin d’apporter une réponse immédiate et concrète à la situation actuelle.
À cette fin, la France a proposé plusieurs options, allant d’une suspension juridique formelle (nécessitant une modification du règlement MACF) à une mise à zéro technique des valeurs par défaut applicables aux engrais, qui ne requerrait qu’une modification de l’acte d’exécution.
Le ministre irlandais, Martin Heydon, a appelé à plus de flexibilité dans l’application du MACF.
Luis Planas, le ministre espagnol, a souligné la nécessité de suivre de très près l’évolution du marché des engrais et d’envisager toutes les mesures possibles pour en garantir la disponibilité et limiter l’impact de la hausse des prix. Dans ce contexte, il a salué le plan d’action sur les engrais, attendu prochainement, qu’il considère comme un outil essentiel pour disposer d’une vision d’ensemble de la réponse européenne.
Le Danemark s’est prononcé contre la suspension du MACF pour les engrais.
Enfin, la plupart des ministres ont estimé que les propositions de la Commission sur le cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034 ne répondaient pas aux attentes contenues dans la 'Vision pour l’agriculture'. (Lionel Changeur)