Réunis mardi 13 janvier au Parlement européen à l’occasion du Global Europe Forum, organisé par le groupe politique Renew Europe, élus, experts et représentants de la société civile ont interrogé la capacité de l’Union européenne à protéger ses démocraties face à des ingérences qui deviennent permanentes, peu coûteuses et principalement numériques. Le 'Bouclier européen de la démocratie', présenté par la Commission en novembre (EUROPE 13750/4), a ainsi été considéré comme politiquement nécessaire, mais encore fragile sur le plan opérationnel.
Modératrice du panel, la journaliste Teri Schultz a fait état du recul mondial des libertés, des pressions grandissantes sur les élections, de l'affaiblissement des médias indépendants et de la banalisation des campagnes de désinformation.
Selon elle, l’érosion démocratique n’est plus le fait de ruptures brutales, mais d’une érosion progressive de l’espace informationnel, ce que consolident les plateformes numériques et les nouvelles technologies de manipulation.
La présidente de la commission spéciale du Parlement sur le bouclier démocratique (EUDS), Nathalie Loiseau (Renew Europe, française), a abondé en ce sens et a souligné le changement de nature des menaces.
Les ingérences étrangères ne sont plus de simples « menaces hybrides », mais des attaques organisées, souvent mises en œuvre par des acteurs non étatiques, via des 'deepfakes', des faux comptes et des campagnes coordonnées en ligne.
Elle a déploré une réaction européenne trop lente et qui manquerait de coordination. Et d’appeler à une application beaucoup plus rigoureuse des textes existants, notamment le règlement sur les services numériques et le règlement sur l’intelligence artificielle.
Aussi, selon l’eurodéputée française, la crédibilité de l’UE résulterait d’une plus grande transparence de la Commission vis-à-vis du Parlement sur les enquêtes menées contre les grandes plateformes.
Présidente sortante de la Géorgie en octobre 2024, Salomé Zourabichvili a fait part de l’expérience de son pays.
L’Union européenne n’aurait - ainsi qu’elle l’a exposé - pas pleinement mesuré sa responsabilité politique après l’octroi du statut de candidat à la Géorgie.
Selon elle, la Russie a développé une stratégie visant à utiliser les instruments démocratiques eux-mêmes tels que les élections, les médias et les réseaux sociaux pour affaiblir les États de l’intérieur, une méthode moins coûteuse et moins risquée qu’une intervention militaire directe.
Chercheuse associée au Centre de politique cybernétique de Stanford et à l’Institut pour l’intelligence artificielle centrée sur l’humain, Marietje Schaake, quant à elle, a tiré la sonnette d’alarme quant à la dépendance technologique européenne.
La réglementation, si elle demeure indispensable, ne saurait suffire sans une stratégie industrielle et géopolitique ambitieuse visant à bâtir des infrastructures numériques européennes.
Les plateformes, a-t-elle rappelé, constituent désormais l’infrastructure même des économies, des systèmes de défense et des démocraties.
À l’issue des échanges, le commissaire européen chargé de la Démocratie, de la Justice, de l’État de droit et de la Protection des consommateurs, Michael McGrath, a présenté le 'Bouclier européen de la démocratie' comme une réponse globale à des menaces protéiformes et qui apportera une protection de l’espace informationnel, l’intégrité des élections et un soutien aux médias libres et indépendants.
Évoquant la création, cette année, d’un Centre européen pour la résilience démocratique, il a rappelé que la défense des valeurs démocratiques devait aller de pair avec celle de la sécurité, dans un contexte international marqué par une instabilité durable. (Nithya Paquiry)