Le ministre danois de la Défense, Troels Lund Poulsen, a plaidé, mercredi 2 juillet, lors d’une rencontre avec un groupe de journalistes bruxellois à Copenhague, pour une Europe forte et plus sûre, capable de se défendre, d’ici 2030.
Dans ce contexte, la « priorité absolue » de la Présidence sera d’assurer un soutien continu à long terme à l’Ukraine, y compris via de nouvelles initiatives.
Ainsi, après avoir développé le 'modèle danois', c’est-à-dire investir directement dans des entreprises de la défense ukrainienne – modèle suivi par plusieurs États membres, mais aussi le Canada -, le Danemark compte désormais inviter des entreprises ukrainiennes à venir produire sur son territoire, notamment pour ce qui est des munitions, des missiles ou encore des drones.
« La semaine dernière, nous avons annoncé avec l’Ukraine que certaines entreprises pourraient démarrer leur production au Danemark. Nous verrons les résultats en septembre ou octobre », a expliqué Troels Lund Poulsen, qui a expliqué que cela permettra aussi aux Danois d’apprendre des Ukrainiens. Il a annoncé que d’autres États membres pourraient aussi imiter le Danemark.
Selon le ministre, l’an dernier, son pays a investi 475 millions d’euros dans la base industrielle de défense ukrainienne, dans des systèmes d’artillerie, de drones ou encore des missiles. « Cette année, je pense qu’on pourra investir environ 1,5 milliard d’euros », a-t-il expliqué. Selon Troels Lund Poulsen, l’an dernier, le projet-pilote sur les munitions d’artillerie de 155 mm, Bogdan, a permis de produire en Ukraine 18 systèmes en deux mois, contre deux ans pour un achat en Europe.
Interrogé sur l’annonce des États-Unis selon laquelle ils suspendront la fourniture de certaines armes à Kiev, le ministre danois a estimé que cela ne faisait que souligner la « nécessité pour l’Europe d’en faire plus et d’investir davantage en Ukraine », dont les capacités de production ne sont pas toutes exploitées.
Au-delà du soutien à l’industrie de la défense ukrainienne, le ministre a mis en avant la nécessité de renforcer l’industrie de la défense européenne et transatlantique et d’augmenter la production. « Il faut dépenser plus, mieux, plus intelligemment, tous ensemble », a expliqué Troels Lund Poulsen, qui a en outre indiqué qu'il est nécessaire de simplifier la réglementation.
Au niveau national, le Danemark ne compte pas participer au programme SAFE, car il dispose « d’une économie très solide et est en mesure de financer et investir dans la défense d’une meilleure façon qu’avec SAFE ». Le Danemark devrait dépenser en 2025, 3,2% de son PIB dans le secteur de la défense.
Interrogé sur le fait que développer l’industrie européenne pourrait être antinomique avec le développement de l’industrie transatlantique, le ministre a expliqué qu’il fallait encore investir dans des équipements américains, citant l’exemple des F-35. « Je ne vois donc pas comment ne pas acheter d'équipement américain, mais l'UE peut faire plus, se concentrer sur le développement et l'achat de nouvelles capacités », a-t-il expliqué. Le développement de nouvelles capacités pourrait aussi être, selon lui, un moyen d’aider à réduire la fragmentation dans les équipements militaires.
Le ministre a aussi insisté sur la nécessité de renforcer la résilience face à d’autres menaces, y compris cybernétiques. La sécurité maritime, notamment en mer Rouge et au large des côtes africaines, est mise en avant, avec de plus grandes synergies entre les opérations de l'UE.
La Présidence danoise fait aussi du renforcement de la coopération UE-OTAN, de la coopération entre le civil et le militaire et des partenariats avec les pays tiers en matière de défense des priorités.
Voir le programme de priorités : https://aeur.eu/f/HFO (Camille-Cerise Gessant)