Plus de la moitié, des pays de l'Union européenne ont réduit leur budget d'aide publique au développement (APD) en 2024, d'après un rapport publié mercredi 16 avril par l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE). De manière globale, l’aide internationale fournie par les donneurs publics a diminué de 7,1% 2024 en termes réels par rapport à 2023.
Selon l'OCDE, cette diminution de l'aide s’explique par un recul des contributions aux organisations internationales, ainsi que par un fléchissement de l’aide à l’Ukraine, une baisse de l’aide humanitaire et une réduction des dépenses consacrées à l’accueil des réfugiés dans les pays donneurs.
D’après les estimations préliminaires de l'OCDE, 16 pays de l'UE ont diminué leur APD en 2024 par rapport à 2023 : l’Allemagne (-17,2%) ; les Pays-Bas (-2,8%) ; la Suède (-13,4%) ; le Luxembourg (-0,3%) ; l’Irlande (-14,0%) ; l’Autriche (-9,5%) ; la Finlande (-12,9%) ; la Pologne (-26,8%) ; la République tchèque (-29,1%) ; la Hongrie (-31,5%) ; la Slovénie (-1,8%) ; l’Estonie (-26,3%) ; la Lettonie (-22,1%) ; la Lituanie (-12,9%) ; la Bulgarie (-21,3%) ; et Malte (-9,2%).
En revanche, neuf États membres l'ont augmentée : la Belgique (+12,2%) ; le Danemark (+2,2%) ; la Grèce (+3,3 %) ; l'Italie (+6,7%) ; le Portugal (+21,3%) ; la Slovaquie (+3,9%) ; l'Espagne (+9,0%) ; la Croatie (+3,6%) ; et la Roumanie (+14,2%).
Le budget consacré par la France au développement international est resté stable (-0,02%).
Par ailleurs, seuls trois pays de l'UE ont consacré au moins 0,7% de leur revenu national brut (RNB) à l'APD en 2024, conformément à l'objectif fixé par les Nations Unies dès 1970, puis réaffirmé en 2014 et dans l’Agenda 2030. Il s'agit du Luxembourg (1%), de la Suède (0,79%) et du Danemark (0,71%).
Réactions. « Il est regrettable que l’APD ait diminué en 2024, après cinq années consécutives de hausse. C’est d’autant plus préoccupant que certains des principaux donneurs ont annoncé que de nouvelles baisses, assez substantielles, auraient lieu au cours des années à venir » a fait observer mercredi le Président du Comité d'aide au développement de l'OCDE, Carsten Staur, dans un communiqué.
Pour la confédération européenne des ONG d’aide humanitaire et de développement, Concord Europe, les décisions budgétaires des pays européens sapent la crédibilité de l'UE.
« L’UE ne peut pas souffler le chaud et le froid. Elle promeut la stratégie 'Global Gateway' comme une promesse audacieuse de prospérité partagée et d’investissements stratégiques dans les infrastructures, tout en réduisant les financements aux pays ayant les besoins les plus criants en matière de développement humain », a déclaré la directrice du réseau, Tanya Cox.
« Si les États membres de l’UE et les institutions européennes se soucient ne serait-ce qu’un peu de notre avenir commun, ils doivent investir dans les populations, et non leur retirer le tapis de dessous les pieds. Des coupes à courte vue aujourd’hui compromettront un avenir commun sûr et prospère », a-t-elle souligné mardi.
L'organisation 'ONE campaign', cofondée par le chanteur Bono, a également tiré la sonnette d'alarme, dans un communiqué.
« Alors que les gouvernements se désengagent de leurs engagements, l’UE doit prendre le relais. Les prochaines négociations sur le budget pluriannuel de l’Union représentent un moment crucial pour tirer les leçons des cinq dernières années : l’action collective est notre seule arme efficace contre les catastrophes climatiques, les urgences sanitaires et les conflits. L’APD n’est pas un luxe », a déclaré Emily Wigens, la directrice UE de cette ONG active principalement en Afrique.
En janvier dernier, les commissaires européens compétents avaient présenté leurs orientations stratégiques pour renforcer l'intégration de l'action extérieure de l'UE dans les régions en crise (EUROPE 13567/20).
En outre, avant d'entrer en fonction, la commissaire à l'Aide humanitaire, à la Préparation et la Gestion des crises, Hadja Lahbib, s'était engagée par écrit à encourager les pays de l'UE à consacrer 0,07% du revenu national brut (soit 10% de l'APD) à l'aide humanitaire spécifiquement (EUROPE 13510/16).
De son côté, le commissaire aux Partenariats internationaux, Jozef Síkela, entend miser sur des partenariats compétitifs pour atteindre les objectifs de développement durable (EUROPE 13513/10).
Voir les données publiées par l'OCDE : https://aeur.eu/f/gh0 (Bernard Denuit)