L'initiative de la Commission européenne visant à mettre sur pied une 'Union de l'épargne et des investissements' a été accueillie de manière globalement positive, vendredi 28 mars, lors d'une conférence organisée par Better Finance, qui représente les investisseurs de détail dans le secteur financier. Plusieurs intervenants ont insisté sur l'importance pour les États membres de prendre ce chantier au sérieux en fournissant notamment les bonnes incitations fiscales et en aidant les citoyens à étoffer leurs compétences financières.
« Je pense que nous partageons l'objectif de permettre aux gens de mieux investir », a déclaré la commissaire européenne chargée des Services financiers, Maria Luís Albuquerque. Pour cela, a-t-elle ajouté, les citoyens doivent parvenir à surmonter leur « défiance » vis-à-vis des marchés de capitaux, en étant notamment convaincus des « bénéfices réels » qu'ils peuvent retirer en investissant une partie de leur épargne, notamment pour garantir leur niveau de vie à la retraite.
La commissaire européenne a souhaité un accord « ambitieux » sur le paquet législatif encadrant les services financiers de détail qui permette de « stimuler la concurrence » entre les prestataires, d'élaborer « des produits financiers de bonne qualité » et de minimiser la charge administrative.
Une première session de négociation en trilogue entre les représentants du Parlement européen et du Conseil de l'UE a eu lieu mardi 18 mars (EUROPE 13602/21).
Projets. Mme Albuquerque a évoqué la série de mesures en projet ('blueprint') que la Commission présentera, d'ici au troisième trimestre, pour mettre sur pied un modèle européen pour les comptes et produits d’épargne et d’investissement destinés aux petits investisseurs, en s’appuyant sur les meilleures pratiques nationales (EUROPE 13603/5).
Au nom de l'institution de l'UE, Andrea Beltramello a d'ailleurs vu « un grand potentiel » dans l'utilisation de ces comptes en tant qu'instrument offrant des moyens plus simples, plus variés et moins onéreux d'appréhender les marchés de capitaux.
Pour stimuler l'envie d'investir des citoyens, « les incitations fiscales jouent un rôle important », a noté Mme Albuquerque, estimant que de bonnes incitations dans ce domaine permettront de faire les bons choix d'investissement. « L'UE ne peut pas harmoniser, mais elle peut recommander aux États membres les meilleures façons d'utiliser ces incitations », a précisé M. Beltramello.
Des recommandations spécifiques de la Commission sont attendues avant l'été.
Alors que l'épargne placée sur de simples dépôts bancaires atteint 10 000 milliards d'euros dans l'UE, la directrice exécutive de Better Finance, Aleksandra Mączyńska, a considéré que « le système financier ne (répondait) pas aux attentes des citoyens depuis trop longtemps ». En cause, selon elle, « des frais élevés, un maigre retour sur investissement, la complexité » des procédures. Trop nombreux sont ceux qui renoncent à bénéficier de leur déduction fiscale lorsqu'ils investissent ailleurs dans l'UE, a-t-elle souligné.
Florian Prucker, dirigeant de la plateforme paneuropéenne Scalable pour investisseurs de détail, a d'abord loué les atouts du cadre réglementaire comme le passeport européen. « Les obstacles principaux pour nous se situent autour de la fiscalité. En Allemagne, nous n'avons pas de bons mécanismes d'allègement fiscal en matière d'épargne-retraite. Ils sont tous limités par des garanties, des annuités obligatoires », a-t-il néanmoins considéré. Il a préconisé la possibilité pour les sociétés financières opérant sur une base transfrontalière de payer des taxes au nom de leurs clients.
Comment créer des règles du jeu équitables où les investisseurs de détail ne paient pas plus de 2% de frais pour leurs investissements ? - s'est interrogé Sebastian Külps, au nom de Vanguard Europe. D'après lui, les incitations fiscales représentent un bon moyen de convaincre les épargnants d'investir.
Mais, selon Ben Granjé, qui préside l'association flamande des investisseurs de détail (VFB), « le fait que nous aimons autant les incitations fiscales démontre que l'éducation financière est insuffisante », en ce qu'elle devrait aider les investisseurs à faire des choix éclairés correspondant à leur objectif d'investissement. (Mathieu Bion)