Les ministres de l’Agriculture des pays de l’UE ont demandé, lundi 24 mars à Bruxelles, qu’un budget suffisant pour la politique agricole commune (PAC) après 2027 soit sécurisé afin de mettre en œuvre les initiatives contenues dans la ‘Vision pour l’agriculture et l’alimentation’ de la Commission européenne.
Après l’échange de vues au Conseil sur cette 'Vision', le ministre polonais, Czesław Siekierski, a insisté devant la presse sur le besoin de prévoir, lors des négociations sur le cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE pour 2028-2034, un budget « adéquat » pour la PAC, à la hauteur des défis, et le maintien de sa structure en deux piliers (aides directes et dépenses de marché pour le premier, développement rural pour le second).
Le ministre polonais a insisté aussi sur la demande de nombreux ministres de prévoir la ‘réciprocité’ dans les échanges avec les pays tiers afin que les produits agricoles importés respectent les normes de production imposées aux agriculteurs de l’UE (EUROPE 13605/1).
Vins. Le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, a précisé que le paquet de mesures de soutien en faveur du secteur du vin serait présenté vendredi 28 mars (EUROPE 13595/6). « Comme promis, mes services ont travaillé rapidement pour mettre en place des mesures qui soulageront le secteur. Elles permettront également aux producteurs de vin de gérer leur production de manière plus efficace et plus souple », a-t-il dit devant la presse. Le secteur vitivinicole est très important pour l’économie rurale et les paysages de l’UE, et cette dernière est un leader mondial dans le domaine du vin, a rappelé le commissaire.
Concernant les tensions géopolitiques actuelles entre l'UE et l'administration américaine (hausse des droits de douane), M. Hansen a dit préférer que les parties négocient des solutions, car, selon lui, il n’est dans l'intérêt de personne d'avoir des droits de douane élevés qui pénaliseraient les producteurs et les consommateurs.
Biogaz. Christophe Hansen a fait l’annonce suivante, permettant aux agriculteurs ayant touché des aides de la PAC de pouvoir revendre le biogaz produit sur l’exploitation. Ses services ont fait en sorte que le règlement général d'exemption par catégorie (RGEC) et les lignes directrices sur le climat, la protection de l'environnement et l'énergie (CEEAG) puissent être appliqués dans ce cas de figure. « Cela signifie qu'après avoir reçu une aide à l'investissement au titre de la PAC, lorsque la production d'énergie n'est pas utilisée dans l'exploitation, elle peut être vendue sur le marché sans restrictions », a expliqué le commissaire. Cette clarification importante permettra aux agriculteurs de tirer un meilleur profit de leur production d'énergie et répond à une demande en ce sens formulée par plusieurs pays en décembre 2024 sur les goulets d'étranglement dans la production de biogaz au niveau de l'exploitation.
Simplification. M. Hansen présentera fin avril ou début mai son premier paquet de simplification des règles de la PAC. « Il ne s'agit pas seulement d'un paquet de simplification pour nos administrations nationales. Il faut que celle-ci soit réellement ressentie dans les exploitations agricoles elles-mêmes », a-t-il dit.
La Commission présentera aussi, vers fin 2025, un paquet de mesures de simplification plus large couvrant non seulement la politique agricole, mais aussi d'autres domaines tels que l'environnement, la santé et les exigences sanitaires, « qui représentent une charge considérable », selon M. Hansen.
La défense et l'agriculture. Le ministre espagnol de l'Agriculture, Luis Planas, a exigé que la nécessaire augmentation des dépenses de défense de l'UE ne se fasse pas au détriment du financement de la PAC. Selon lui, la vision « n'a de sens » que si elle est accompagnée d'une proposition sur la PAC post-2027 « dotée d'une personnalité propre et d'une bonne enveloppe financière ». « Il ne s'agit pas de choisir entre les canons ou le beurre, mais de renforcer la défense, la sécurité de l'Europe, mais aussi la sécurité alimentaire, qui n'est pas garantie », a-t-il insisté.
« Il nous faut une PAC forte, équipée de ressources adéquates et d'un budget spécifique », a souligné la délégation italienne.
Pour Annie Genevard, ministre française, la future PAC doit conserver un « budget dédié avec des moyens à la hauteur des enjeux ». La PAC doit être exclue d'un éventuel plan unique, a martelé la France.
Revenu des agriculteurs. M. Planas, soutenu par d'autres pays, a aussi demandé à la Commission de présenter « dès que possible » ses propositions relatives à l'interdiction de vendre des produits agricoles à un prix inférieur au coût de production. (Lionel Changeur)