Le secteur automobile européen a plaidé pour une relocalisation de la chaîne de valeur au complet, lors d’une conférence organisée par le groupe politique Renew Europe du Parlement européen mardi 28 janvier.
Peter Tom Jones, directeur de l'Institut pour les métaux et minéraux durables de l’université KU Leuven, a dressé un constat d’échec : « L'erreur que nous avons commise au cours de la décennie est d'avoir abandonné la partie amont de la chaîne d'approvisionnement en matières premières ». Cette stratégie économique était valable dans un monde globalisé, dans un contexte de commerce libéralisé. « Cette époque est révolue, nous vivons maintenant dans un monde post-occidental, dans un monde de protectionnisme, de nationalisme dissout », a-t-il décrit. Selon lui, il faut donc reconsidérer toute la stratégie de l’industrie automobile : « Nous devons commencer à extraire et à raffiner des métaux critiques également dans l'Union européenne et sur le continent européen au sens large ».
Une vision partagée par le commissaire des Transports et du Tourisme durables, Apóstolos Tzitzikóstas. « Pour moi, il est clair que nous avons besoin d'une approche globale de la chaîne de valeur, depuis l'approvisionnement en matières premières jusqu'au recyclage des batteries », a-t-il déclaré au début de la conférence. « Le 'Pacte pour une industrie propre', qui sera présenté en février, s'attaquera à des défis majeurs, notamment en garantissant l'accès à une énergie abordable et en faisant progresser la circularité », a-t-il promis (EUROPE 13565/1).
Développer la gestion de la fin de vie. De son côté, Catherine Ricou, directrice générale des activités de Veolia dans le domaine des déchets dangereux en Europe, a déclaré que l’un des sujets-clés est la gestion de la fin de vie des véhicules électriques. Il s’agit de « pouvoir fermer la boucle » grâce à un cadre favorable au recyclage, qui est trop faible pour le moment. « Nous avons besoin d'un programme de recherche ainsi que de financement afin de développer des technologies de recyclage des batteries, car beaucoup de segments sont manquants », a-t-elle expliqué.
Elle a estimé qu’il fallait également modifier la classification des déchets pour pouvoir démanteler les batteries au lithium et traiter la ‘black mass’, une poudre active composée de nombreux métaux et d’oxydes métalliques valorisables. « Aujourd'hui, plus de 90% de la ‘black mass’ est exportée vers l'Asie pour y être raffinée », a-t-elle regretté.
Concernant le financement, Massimo Gasparon, directeur de l'Alliance européenne des matières premières, a appelé à un changement des règles relatives à la taxonomie de l’UE. « De nombreux investisseurs seraient susceptibles d'investir dans la première partie de la chaîne de valeurs, à savoir l'exploration, l'exploitation minière et la transformation, mais ils ne le peuvent pas, car les réglementations les empêchent d'investir dans des activités qui sont classées comme des activités nuisibles », a-t-il expliqué.
L'UE doit agir rapidement. Par ailleurs, Peter Tom Jones a considéré que la façon de concevoir l’industrie en Europe était contre-productive. « En Europe, nous pensons en silos, nous pensons en petits composants déconnectés les uns des autres », a-t-il déploré. Dans un communiqué publié la veille, l’eurodéputé Alexandr Vondra (CRE, tchèque) a regretté « l'exclusion [du dialogue stratégique avec l'industrie automobile européenne] des acteurs clés de la chaîne de valeur de l'automobile européenne, tels que les petits et moyens fabricants, les fournisseurs et les innovateurs ». Cela « envoie un signal inquiétant », a-t-il estimé. Ce dialogue doit débuter jeudi 30 janvier (EUROPE 13561/7).
Dans un rapport publié le même jour, l'Institut Jacques Delors recommande aux décideurs politiques « d’associer les réformes et les investissements internes à une stratégie commerciale proactive et orientée vers l'exportation ». Selon lui, en tirant parti de son leadership technologique, l'UE peut s'assurer un meilleur accès au marché et favoriser la transition mondiale vers une mobilité durable. Cependant, il appelle à une action rapide, car « la fenêtre d'opportunité se referme rapidement ». L'UE doit agir de manière décisive pour construire un nouvel écosystème automobile capable de rivaliser avec celui de ses concurrents. « Si elle ne le fait pas, elle s'expose à un déclin de son industrie automobile, à d'importantes répercussions sociales et économiques et à la perte de son avance technologique dans un secteur appelé à définir l'avenir de la mobilité », a-t-il alerté.
Lire le rapport (en anglais) : https://aeur.eu/f/f9m (Anne Damiani)