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Bulletin Quotidien Europe N° 13556
SÉCURITÉ - DÉFENSE / DÉfense

Selon Mark Rutte, une OTAN européenne est illusoire

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a estimé, lundi 13 janvier, qu’il était illusoire de croire qu’il est possible de créer une OTAN européenne, « pour des raisons idéologiques », dans la prochaine décennie.

« Concernant une défense européenne plus autonome, c’est bien d’avoir une sorte d’OTAN européenne, mais dans ce cas, ce n’est pas 2% (du PIB à dépenser dans la défense), mais 8, 9 ou 10% qu’il faudra (…). Cela prendra 15 à 20 ans pour construire une OTAN européenne sans les États-Unis », a-t-il expliqué devant les députés européens. Il a rappelé que les États-Unis dépensaient « plus de 60% de tout l'argent dépensé sur le territoire de l'OTAN ». Ainsi, selon M. Rutte, « c'est une illusion de penser que l’on peut construire une OTAN européenne dans les 10 à 15 prochaines années ». Se disant opposé à un tel projet d’OTAN sans États-Unis, M. Rutte s’est également dit convaincu que les États-Unis resteront un Allié, alors que l’administration Trump a menacé de quitter l’Alliance.

Interrogé sur les dépenses de défense, le secrétaire général a rappelé que 2% n’étaient pas suffisants et précisé que les Alliés allaient travailler sur le sujet, avec pour objectif un accord en juin, avant le sommet de La Haye. « Il faut dépenser mieux, faire des achats communs, de l'innovation, mais aussi dépenser plus. Si vous ne le faites pas, prenez des cours de russe ou partez en Nouvelle-Zélande! », a-t-il ajouté (EUROPE 13544/14).

Et, alors que les Européens discutent toujours du programme EDIP et des critères d'éligibilité, le secrétaire général a mis en garde contre de nouvelles barrières entre Alliés. « Nous devons éviter de créer de nouvelles barrières entre Alliés, ce qui veut dire des coûts supplémentaires, des difficultés pour produire. On doit impliquer les autres Alliés, la coopération dans le domaine est de plus en plus fondamentale », a-t-il prévenu, mettant l'accent sur la complémentarité.

M. Rutte a également souligné les efforts pour rapprocher l’OTAN de l’UE avec la création d'un groupe de travail (task force) (EUROPE 13514/24), ajoutant qu’en ces « temps troublés en termes de sécurité », il était nécessaire de renforcer la collaboration. « On doit agir, on doit investir beaucoup plus dans la défense, les capacités de défense, renforcer nos résiliences, poursuivre notre soutien à l’Ukraine pour renverser la situation et éviter de nouvelles agressions russes », a résumé M. Rutte. 

Une retraite pour préparer l’avenir. Dans le même temps, le président du Conseil européen, António Costa, a officiellement invité les dirigeants européens à une retraite informelle consacrée à la défense européenne, le 3 février au Château de Limont (Belgique). M. Rutte participera au déjeuner et le Premier ministre britannique, Keir Starmer, au dîner.

« L’objectif est de préparer le terrain pour les décisions que nous devrons prendre et de fournir des orientations à la Commission et à la Haute Représentante dans la préparation d’un 'livre blanc' sur l’avenir de la défense européenne », prévu pour la mi-mars, a expliqué M. Costa dans sa lettre d’invitation.

Le président souhaite fonder la discussion sur deux principes : le fait que l’UE doit assumer une plus grande responsabilité en matière de défense, « devenir plus résiliente, plus efficace, plus autonome et un acteur plus fiable en matière de sécurité et de défense », et l’intérêt de coopérer plus étroitement au niveau européen « afin de maximiser les économies d’échelle et de réduire les coûts, de garantir l’interopérabilité, d’assurer une demande stable et à long terme – afin de donner plus de prévisibilité à notre industrie – et d’éviter les doublons ». La discussion portera notamment sur le financement de la défense.

Afin de structurer la discussion, le président pose plusieurs questions à ses homologues. Il souhaite savoir quelles devraient être et comment définir les capacités de défense à développer de manière collaborative en priorité, en raison de leur importance pour la sécurité collective de l’UE.

« Sommes-nous d’accord pour dépenser plus et mieux ensemble ? Comment pouvons-nous accélérer la mobilisation des financements privés et par le biais de quels instruments de l’UE ? Comment pouvons-nous utiliser au mieux le budget de l’UE, à court, moyen et long termes ? À la lumière des besoins de financement considérables, quelles autres options communes peuvent être envisagées ? », s’interroge-t-il.

Enfin, M. Costa voudrait savoir de quelles manières il est possible de renforcer et d’approfondir davantage les partenariats existants et quels devraient être les objectifs et les priorités avec les partenaires européens non membres de l’UE.

Le sujet de la défense sera de nouveau discuté lors du Conseil européen de mars, particulièrement l’angle du financement, et en juin, de manière plus large, afin de dessiner une stratégie.

Voir la lettre d’invitation : https://aeur.eu/f/f0r (Camille-Cerise Gessant)

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