En réaction aux recommandations du rapport 'Draghi', les ministres européens de l’Énergie se sont rejoints, mardi 15 octobre, lors d’un débat thématique du Conseil ‘Énergie’, sur la nécessité d’accélérer la décarbonation de l’industrie européenne et d'assurer des prix abordables de l’énergie pour soutenir la compétitivité de l’UE. Toutefois, les divergences de vues sur le soutien à l’énergie nucléaire ont, une nouvelle fois, pris une place majeure dans le débat.
Pour des pays comme l’Autriche, à l’initiative de la réunion des pays dits 'Amis des renouvelables' (EUROPE 13503/14), la stratégie pour les années à venir consiste à déployer massivement les énergies renouvelables et les infrastructures de réseaux. Le nucléaire ne fait pas partie de l’équation, car considéré « trop cher et trop lent ».
Par ailleurs, le secrétaire d'État au ministère fédéral de l'Économie et de la Protection du Climat, Sven Giegold, a souligné que l’évaluation d’impact de la Commission européenne sur l’objectif climatique 2040 (EUROPE 13433/6) inscrivait la nécessité d’accroître la capacité d’énergie renouvelable installée de 1 400 GW, « tandis qu’elle indiquait une baisse de la part du nucléaire ».
En réaction, la ministre française de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a précisé que la baisse attendue de la part du nucléaire par rapport aux énergies renouvelables s’expliquait par le fait que toutes les facilités existantes aujourd’hui devraient être remplacées. « Et on sait que, quand il manque du nucléaire, les prix s’envolent. J’en veux pour preuve le deuxième semestre de 2022, où l’électricité nucléaire française manquait à l’Europe et la sécurité d’approvisionnement a été mise en danger », a-t-elle rappelé.
Elle a demandé également de prendre en compte le coût du développement des réseaux nécessaires à l’intégration massive des renouvelables, tout comme son homologue suédoise, Ebba Busch.
« Je pense que nous aurons des représailles de la part des citoyens lorsqu'ils verront sur leur facture que l'électricité est une chose, mais que le coût du système de réseau dépasse maintenant le prix de l'électricité », a-t-elle déclaré devant la presse.
Interconnexions. Au sujet des réseaux, plusieurs États membres ont appelé à accroître leur financement, notamment via le 'Mécanisme pour l’interconnexion en Europe' (‘Connecting Europe Facility’), tel que mentionné dans le rapport 'Draghi' et jugé « sévèrement sous-financé » par la commissaire à l’Énergie, Kadri Simson.
D’autres points sur lesquels se sont concentrés les ministres sont : la mise en œuvre des principes de la réforme du marché de l’électricité (EUROPE 13454/27), l’accélération des procédures d’octroi de permis et une stratégie pour favoriser la flexibilité et accroître les capacités de stockage.
Divergence des prix. Les ministres ont également échangé sur la divergence des prix de l’énergie au sein de l’UE, en réaction aux pics de prix rencontrés par les pays du centre et du sud-est de l’Europe cet été (EUROPE 13502/6).
« Nous avons connu une augmentation de 10% des prix annuels de l'énergie, sans augmentation des coûts. Il s’agit d’un échec du marché », a déclaré le ministre grec, ajoutant que les règles existantes ne couvraient pas les situations de crise endémiques sur le court terme.
La commissaire Simson a indiqué que « la situation s’était améliorée au cours des semaines passées », mais que plusieurs facteurs pouvaient être mis en avant, comme les changements des conditions météorologiques, le manque de flexibilité de la production et de la consommation ainsi que la capacité d'interconnexion physique limitée de la région avec le reste de l'Europe.
Selon elle, l’augmentation des exportations à destination de l’Ukraine pour faire face aux attaques russes sur son système énergétique ne semble pas avoir eu d’impact significatif sur les prix. (Pauline Denys)