Les ambassadeurs des États membres auprès de l'UE (Coreper) ont soutenu, mercredi 25 septembre, une proposition de la Commission européenne de décembre 2023 visant à abaisser le statut international de protection des loups en Europe, qui passerait ainsi de « strictement protégé » à « protégé » (EUROPE 13318/6).
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, déclarait en décembre dernier que « la concentration de meutes de loups dans certaines régions d'Europe est devenue un véritable danger, en particulier pour le bétail ». La proposition de la Commission doit offrir plus de marge de manœuvre dans la chasse au loup, tout en maintenant un état de conservation favorable de l'espèce. Il y aurait en Europe plus de 20 000 loups, dont les populations sont en augmentation, selon la Commission.
21 représentants des États membres se sont prononcés en faveur de cette modification. Seuls deux, l'Irlande et l'Espagne, ont voté contre et quatre se sont abstenus (Malte, Chypre, la Slovénie et la Belgique), selon une source diplomatique.
La validation formelle du Conseil de l'UE est encore attendue et devrait être ratifiée dès jeudi 26 septembre, à l'occasion du Conseil 'Compétitivité'. La Commission saisira ensuite le comité permanent de la Convention de Berne, qui doit se réunir la première semaine de décembre. En effet, le changement doit se faire au titre de la convention internationale de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe.
Une bonne nouvelle pour les élevages d'Europe ? L'eurodéputée Céline Imart (PPE, française) a salué sur X « une première victoire pour les éleveurs français et européens, qui leur permettra de mieux protéger leurs élevages ». La position des représentants des États membres intervient « après des années de pression persistante de la part du PPE », a déclaré le groupe, qui défend l'idée de « se protéger des loups ».
Le vote en faveur du changement de statut ouvre la voie, selon la Fédération des associations de chasse et conservation de la faune sauvage de l'UE, « à des outils de coexistence pour apaiser les tensions ». Cette fédération recommande la mise en place de « mesures appropriées » afin de réguler le braconnage et l'empoisonnement, qui toucherait, par dommages collatéraux, « les chiens de garde du bétail, les ours, les oiseaux charognards et, pire encore, les eaux de nos cours d'eau ».
Les défenseurs de la biodiversité s'opposent au changement de statut du loup
Au contraire, l'Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) craint qu'un changement de statut du loup favorise une recrudescence du braconnage. Pour l'ONG Birdlife, cela entraînerait « l'abattage des loups comme fausse solution à la déprédation du bétail » tout en allant « à l'encontre de l'engagement de l'Europe à sauvegarder et à restaurer la biodiversité ». Dans le même ordre d'idées, l'eurodéputée Saskia Bricmont (Verts/ALE, belge) estime qu'une telle décision risque « d'ouvr[ir] la porte aux quotas de chasse ».
Et si l'eurodéputé Peter Liese (PPE, allemand) déclare que les loups « ne sont plus une espèce en voie de disparition », l'ASPAS estime que le changement de statut mettrait « à mal tous les efforts de conservation menés ces dernières décennies permettant à l'espèce de se rétablir ». (Florent Servia)