Dans ce document de 53 minutes, qui se présente comme « la chronique de trois mois au coeur de la diplomatie européenne », le réalisateur Albert Solé revient à la fois sur le rôle du Haut Représentant de l’UE, Josep Borrell, du SEAE ou encore des délégations de l’Union. Pendant quelques semaines, au second semestre 2023, il a suivi le quotidien de M. Borrell dans une période riche en événements.
De nombreux témoignages viennent étayer le documentaire, le Haut Représentant lui-même, mais aussi le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, son homologue estonienne, Kaja Kallas, qui devrait prendre la suite de M. Borrell à l’automne, ou encore les ministres ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, et jordanien, Ayman Safadi.
« Josep est devenu un vrai battant, ce que l’on appelle un faucon en termes diplomatiques. À la base, son rôle consistait à administrer une famille de nations européennes, mais il a décidé d’en assurer vraiment la direction, pas seulement la coordination. Cela a permis de prendre un grand nombre de décisions ; sans lui, on ne serait pas allés aussi loin et cette relation entre homologues a fait d’eux des frères d’armes en matière diplomatique », commente ainsi M. Kuleba.
En suivant M. Borrell lors de sa visite au Centre satellitaire de l'Union européenne (SatCen) - dont on apprend le fonctionnement-, puis, lors de sa visite en Ukraine, le documentaire explique la situation sur place, le positionnement de l’Union et le travail du Haut Représentant.
Le documentaire, qui lui est favorable, ne cache cependant pas les critiques à son égard du ministre russe, Serguei Lavrov, et de médias européens, qui l’accusent d’ingérence, quand il a voulu rencontrer l’opposant politique emprisonné russe Alexeï Navalny. « On n’arrêtait pas de nous dire ne pas nous en mêler, que cette affaire ne nous regardait pas, mais je m’en suis mêlé, car il existe des règles internationales sur le respect des droits humains », se justifie M. Borrell.
Le film se tourne ensuite sur la lutte contre la désinformation, y compris le rôle de Stratcom EU vs Desinfo. La question de l’élargissement de l’UE et la future adhésion de l’Ukraine ainsi que le soutien de l’UE à Kiev via la 'Facilité européenne pour la Paix' (FEP) sont aussi expliqués.
« Nous sommes un soft power, nos armes sont l’État de droit et le commerce, mais à présent, le monde est un peu plus compliqué et je crois que ces armes-là ne suffisent plus à notre bateau Europe pour naviguer ou qu’il n’ira pas loin et risque de sombrer », souligne M. Borrell. Le documentaire s'intéresse donc sur le renforcement de la défense européenne, que ce soit avec le tout premier exercice militaire des Européens en dehors de l’OTAN, à Cadix (EUROPE 13256/15), les opérations de politique de sécurité et de défense commune de l’UE ou encore la livraison d’équipements à des pays tiers, notamment en Afrique, ce qui permet de revenir rapidement sur les tensions sur le continent.
En parallèle du voyage de M. Borrell en Chine (EUROPE 13271/3), la guerre à Gaza débute. L’UE se mobilise, y compris via le Crisis response centre du SEAE. Là encore, le film explique la situation sur le terrain et son impact sur le monde, la position de l’UE, y compris les difficultés d’unité des États membres sur le sujet, et enfin la visite de M. Borrell sur place.
Avec des moments émouvants, tels que la visite des kibboutz attaqués, les rencontres avec les familles des otages en Israël, mais aussi avec du personnel de la délégation de l’UE à Jérusalem et d’ONG à Ramallah. Sans oublier l’énervement du Haut Représentant, pour qui l’enchaînement des réunions de 30 minutes ne lui permet pas de creuser vraiment les sujets. « Je ne suis ni pro-palestinien ni pro-israélien, ma mission consiste à chercher la paix entre ces deux peuples qui se disputent la même terre, pour qu’ils se respectent mutuellement, que chacun d’eux vivent librement et dignement sans traverser ces épisodes successifs de violence », résume M. Borrell.
Le Haut Représentant se rend ensuite à Doha, avant de rentrer à Bruxelles, où le documentaire se termine sur l’avenir de l’UE diplomatique : « Toute la question est de savoir si une future Union de 600 millions d’habitants disposera des outils nécessaires pour affronter ce nouveau monde multipolaire et globalisé ».
À noter que le réalisateur diffuse aussi l’un des commentaires les plus politiques de M. Borrell de ces derniers mois, mi-février 2024, soit deux mois après la fin de la Présidence espagnole, concernant l’envoi d’armes à Israël (EUROPE 13348/2).
Voir le documentaire sur Arte : https://aeur.eu/f/d6f ; et sur RTVE : https://aeur.eu/f/d6g (Camille-Cerise Gessant)