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Bulletin Quotidien Europe N° 13433
CONSEIL EUROPÉEN / Pe2024

Objectif fin juin pour un accord au Conseil européen sur les hautes fonctions européennes

Les chefs d'État ou de gouvernement des pays de l'Union européenne ont tiré de premiers enseignements des résultats des élections européennes marqués par le maintien d'une majorité politique pro-européenne, malgré une poussée des forces souverainistes et nationalistes, lundi 17 juin, lors d'un dîner informel à Bruxelles.

Ils ont également testé plusieurs noms en vue des nominations aux hautes fonctions européennes - présidence de la Commission européenne, présidence du Conseil européen et Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité - et se sont donné rendez-vous au Conseil européen, jeudi 27 et 28 juin, pour arrêter leur décision en la matière, en même temps qu'ils adopteront leur agenda stratégique pour la période 2024-2029 (EUROPE 13432/1).

« Nous avons eu une bonne discussion, qui va, je pense, dans la bonne direction. Mais il n'y a pas eu d'accord aujourd'hui », a déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel, à l'issue du dîner informel. « Il a toujours été clair que nous devions prendre deux décisions en juin : l'une sur le cycle institutionnel et l'autre sur l'agenda stratégique », a-t-il ajouté. Et d'insister sur l'importance de « garantir la transparence et le caractère inclusif du processus ».

« Je pense qu’il faut (...) comprendre quel est l’agenda stratégique, qu'il y ait une convergence et, après, il y a les noms qui se mettent derrière », a renchéri le président français, Emmanuel Macron. Parvenir à un accord fin juin, soit deux jours avant les élections législatives en France, est souhaitable, mais n'est « pas une fin en soi ».

L'impression qui dominait à l'entame du sommet informel était celle d'une convergence de vues sur l'octroi au Parti populaire européen (PPE) de la présidence de la Commission européenne, en tant que vainqueur des élections européennes. Les chrétiens-démocrates européens poussent pour que leur candidate, l'Allemande Ursula von der Leyen, décroche un deuxième mandat à la tête de l'institution de l'UE.

Afin qu'elle obtienne une majorité absolue d'eurodéputés (361 voix en 2024), les autres partis politiques européens susceptibles de la soutenir se répartiraient les autres postes à pourvoir de la façon suivante : - l'octroi au Parti des socialistes européens (PSE) de la présidence du Conseil européen, qui pourrait revenir à l'ancien Premier ministre portugais António Costa ; - l'octroi aux centristes et libéraux du poste de Haut Représentant de l'UE que pourrait occuper l'Estonienne Kaja Kallas.

Conforté par ses gains électoraux, le PPE aurait tenté de faire monter les enchères en demandant, outre la présidence de la Commission ainsi que celle du PE pour deux ans et demi, la présidence du Conseil européen après le mandat de deux ans et demi de M. Costa.

Du côté des socialistes et des libéraux, on reconnaissait que le PPE essayait de faire monter les enchères, mais on faisait valoir que les chrétiens-démocrates pouvaient difficilement se montrer trop gourmands, au risque que leurs partenaires potentiels au sein d'une majorité pro-européenne au Parlement rechignent à soutenir la candidature d'Ursula von der Leyen à la tête de la Commission.

« C'est plus une recherche d'équilibres entre le PPE et le PSE qui a fait achopper le constat d'un accord ce soir », a noté une source européenne.

Costa. Le Premier ministre portugais, Luís Montenegro, a réitéré « de manière absolument sans équivoque le soutien du Portugal » à la nomination de son prédécesseur à la présidence du Conseil européen. Selon lui, la question d'un mandat unique à M. Costa n'a pas été discutée en séance.

Kallas. Sur l'hypothèse Kallas, qui paraît moins aboutie que les deux autres nominations, le Premier ministre finlandais, Petteri Orpo, a estimé que Mme Kallas était « bien connue dans notre région » et s'inscrivait « tout à fait dans notre ligne libérale ». Sur X, le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a considéré que la Première ministre estonienne comprenait « très bien les réalités ukrainiennes et russes ».

Les positions très fermes de Mme Kallas envers la Russie – qui lui valent d’être inscrite sur une liste russe de personnes recherchées pour la destruction de monuments en hommage aux soldats soviétiques – peuvent inquiéter certains dirigeants. À son arrivée au sommet, le président slovaque, Peter Pellegrini, a plaidé la prudence concernant la personne qui représentera l’UE au niveau international, car, selon lui, il ne faut pas « créer encore plus de tension qu'il y en a en réalité ». « Il faut qu'il y ait une personne qui saura calmer la situation », a-t-il ajouté.

À l'issue du sommet informel, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a ouvertement critiqué l'attitude des chrétiens-démocrates européens, majoritaires au sein du Conseil européen, estimant que « la volonté des Européens avait été ignorée ». « Le résultat des élections européennes est clair : les partis de droite se sont renforcés, la gauche et les libéraux ont perdu du terrain. Le PPE, au lieu d'écouter les électeurs, s'est finalement allié aux socialistes et aux libéraux (...) et se sont partagé les postes les plus importants de l'UE », a-t-il fustigé sur X. Il a réitéré sa volonté d'unir les forces politiques situées à droite des chrétiens-démocrates.

Devant les dirigeants européens, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a confirmé que les groupes politiques pro-européens du PE souhaitent aller de l'avant avec le processus des candidats 'têtes de liste' ('Spitzenkandidaten'). M. Michel participera aux réunions de la Conférence des présidents des groupes politiques (CoP) les jeudi 20 et mercredi 26 juin pour des consultations en vue du Conseil européen des 27 et 28 juin. En cas d'accord des Vingt-sept sur la future présidence de la Commission, la personnalité désignée interviendra en CoP mardi 2 juillet.

Un vote sur la présidence de la Commission pourrait avoir lieu jeudi 18 juillet à Strasbourg, lors de la session constitutive du PE. (Mathieu Bion avec la rédaction)

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