La candidate tête de liste ('Spitzenkandidat') du Parti populaire européen (PPE), l'Allemande Ursula von der Leyen, refuse toujours de dévoiler sa stratégie post-électorale censée la conduire à un deuxième mandat à la tête de la Commission européenne.
Lors d'un point presse, lundi 10 juin à Berlin, au siège du parti allemand chrétien-démocrate (CDU), qui a remporté haut la main les élections européennes en Allemagne (voir autre nouvelle), Mme von der Leyen a répété que la première étape de sa démarche consistait à entamer des discussions avec les deux autres familles politiques européennes avec lesquelles le PPE a gouverné lors de la législature 2019-2024, à savoir les sociaux-démocrates (S&D) ainsi que le centre droit et les libéraux (Renew Europe) (EUROPE 13427/8).
C'est « un processus en plusieurs étapes » et nous commencerons avec les partis de la plateforme avec qui nous avons bien travaillé ces cinq dernières années, a indiqué Mme von der Leyen.
Selon les projections provisoires disponibles, l'addition des eurodéputés des groupes PPE, S&D, Renew Europe permet de dépasser la majorité absolue des eurodéputés (361 voix) nécessaire pour l'élection du président de la Commission.
D'après une source interne parlementaire, les nouveaux élus qui adhéreront au groupe PPE au PE seront fortement incités à soutenir Mme von der Leyen, si elle est désignée par le Conseil européen, potentiellement les 27 et 28 juin. C'est le cas notamment du parti hongrois TISZA, créé par un dissident du parti Fidesz du Premier ministre, Viktor Orbán. Mais tous les partis nationaux membres de ces groupes ne soutiendront pas Mme von der Leyen, comme la délégation française du PPE, si bien que le risque d'un accident demeure et va contraindre la 'Spitzenkandidat' à chercher des soutiens additionnels au-delà de la plateforme tripartite.
À gauche de l'échiquier politique, les écologistes et la gauche radicale n'ont pas fermé la porte à une coopération avec le tête de liste chrétienne-démocrate. Même chose à la droite du PPE avec certains conservateurs. Mais, à ce stade, Mme von der Leyen refuse de dévoiler ses cartes, se bornant à préconiser une coalition pro-européenne, pro-Ukraine et pro-État de droit.
« La prochaine présidence de la Commission doit revenir à Mme von der Leyen (...). Les perdants des élections n'ont aucune condition à imposer sur les personnes à qui nous devons parler ou ne pas parler », a déclaré le président de la CDU, Friedrich Merz, entretenant le flou sur le coup d'après. Se disant « surpris » de la convocation d'élections législatives en France après la défaite du parti du président Macron (voir autre nouvelle), il a invité M. Scholz à tirer les conséquences de la défaite du parti SPD en Allemagne, raillant « le désastre » électoral de la coalition gouvernementale au pouvoir.
Les contours du programme politique sur lequel les groupes politiques tenteront de s'entendre avant d'élire l'ancienne ministre allemande de la Défense auront un impact sur la nature de ses soutiens potentiels.
Interrogée à Berlin sur la politique climatique qu'elle ambitionne pour l'UE, la présidente sortante de la Commission a redit l'importance d'agir pour combattre le changement climatique. Cela passe par le respect de l'objectif de la neutralité climatique d'ici 2050, qui est repris dans le manifeste électoral du PPE, tout en le combinant avec l'importance de conserver une économie européenne compétitive, a indiqué Mme von der Leyen. « L'industrie et les agriculteurs doivent nous dire comment nous pouvons les aider » à atteindre l'objectif, a-t-elle ajouté, prônant du pragmatisme et beaucoup d'investissements.
Concernant de possibles discussions avec le parti Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni, Mme von der Leyen a répondu que les discussions se déroulent au niveau des familles politiques européennes. Elle a estimé qu'il était tôt pour se lancer dans les grandes manœuvres politiques, car « les groupes politiques du PE ne sont pas encore recomposés ».
Lundi soir, les dirigeants du parti PPE discuteront, en distanciel, des résultats des élections européennes et commenceront à préparer le dîner informel des chefs d'État ou de gouvernement des pays de l'UE, lundi 17 juin. (Mathieu Bion)