La présidente du groupe Renew Europe, la Française Valérie Hayer, a reconnu, lundi 10 juin, devant l’hémicycle du Parlement européen, que son groupe avait connu des pertes importantes, notamment en Espagne et en France, lors des élections européennes (EUROPE 13427/3). Mais elle s’est félicitée que celui-ci conserve actuellement sa troisième position en tant que « force centrale, sans laquelle aucune majorité n’est possible ».
Le groupe de centre droit semble effectivement avoir limité la casse, mais les dernières projections placent Renew Europe (79 sièges) au coude à coude avec le groupe des ‘Conservateurs et réformistes’ (CRE) (73 sièges) - qui pourrait encore se renforcer (EUROPE 13427/4).
Mme Hayer a rappelé que les négociations ne faisaient que commencer et a même annoncé « quelques petites surprises positives » concernant des discussions avec plusieurs partis non affiliés. Elle a notamment confirmé la tenue de premières négociations avec le parti Volt, précédemment représenté au sein du groupe des Verts/ALE, qui a remporté 3 sièges allemands et 2 sièges néerlandais.
La présidente du groupe Renew Europe s’est également félicitée des discussions en cours pour intégrer le parti bulgare ‘Nous continuons le changement – Bulgarie démocratique’, qui, selon elle, fait « déjà partie de la famille Renew ».
À l’heure d’écrire ces lignes, l’Irlande est le seul pays à ne pas encore avoir finalisé son dépouillement. Là encore, le groupe Renew Europe est confiant que trois Irlandais du parti Fianna Fáil renforceront ses rangs.
Sur la question de l’éviction potentielle du parti néerlandais VVD, qui a formé une coalition avec l’extrême droite aux Pays-Bas, la présidente s’est montrée plus évasive que précédemment (EUROPE 13411/15). « Ma responsabilité en tant que présidente de groupe n’est pas de prendre des décisions seule, mais de porter la discussion en groupe. Et donc, nous aurons une discussion ouverte, à titre informel d’abord, entre les chefs de délégation cette semaine », a-t-elle répondu.
Elle avait brandi la menace d’éviction du VVD du 'Parti de l'Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe' (ALDE) au sein de Renew Europe.
Il reviendra donc à l’ALDE de se prononcer sur le sort du VVD lors de son conseil du 21 juin à Vilnius. Avant cela, une première réunion informelle des chefs de délégation devrait avoir lieu le 11 juin.
Selon plusieurs sources, il est très peu probable que la menace brandie initialement par la délégation française soit menée à exécution.
Cela n’aurait, tout d'abord, pas de sens d’un point de vue arithmétique pour le groupe, puisqu’il perdrait 4 sièges supplémentaires, mais cela menacerait également le leadership de la délégation française au sein de Renew Europe, après la défaite du parti Renaissance d’Emmanuel Macron et son annonce de dissolution de l’Assemblée nationale française (EUROPE 13427/3).
Par ailleurs, Valérie Hayer a confirmé sa volonté de rester à la tête du groupe politique. Si plusieurs éléments jouent en sa faveur, comme l'absence d'adversaire potentiel et le fait que délégation française reste la plus représentée avec 13 sièges, il serait sans doute malvenu de contrarier d'autres délégations nationales qui, elles, soutiennent le VVD.
La présidente a toutefois réaffirmé explicitement que son groupe ne formerait pas de coalition avec le groupe CRE, citant le parti de Giorgia Meloni en Italie, le PiS en Pologne et Reconquête ! en France. « C’est une extrême droite assumée et nous préservons le cordon sanitaire », a-t-elle affirmé.
Elle n’a toutefois pas écarté une possible alliance avec les Verts au sein d’une coalition pro-européenne « la plus consolidée possible », comprenant la majorité actuelle PPE-S&D-Renew Europe.
Concernant le soutien du groupe à la reconduite d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne, Mme Hayer ne s’est pas clairement prononcée. (Pauline Denys)