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Bulletin Quotidien Europe N° 13383
INSTITUTIONNEL / Interview pe2024

Bas Eickhout affirme que les Verts européens sont « prêts », malgré les difficultés autour de la défense du 'Pacte vert'

Près de deux mois avant les élections européennes, le Néerlandais Bas Eickhout, co-Spitzenkandidat du Parti Vert européen, élu début février (EUROPE 13343/18) avec l'Allemande Terry Reintke, partage son expérience et sa vision pour l'Union européenne, tandis que les écologistes se trouvent à la peine dans les sondages. Entre enthousiasme et pressions diverses, notamment autour du ‘Pacte vert européen’, l’eurodéputé néerlandais affirme l'importance de ces élections pour l'avenir de l'UE. Il aborde les questions épineuses d'ingérence étrangère, à la lumière des récents scandales liés au site d’information Voice of Europe (EUROPE 13382/12), enregistré à Prague où il s'est rendu. Dans son échange avec Agence Europe, il évoque également les enjeux autour de la montée de l'extrême droite, la Politique agricole commune et la politique migratoire, réaffirmant la position des Verts en faveur d'une Europe qui embrasse pleinement l'inclusion et la durabilité environnementale. (Propos recueillis par Nithya Paquiri) 

Agence Europe - À mi-chemin de cette campagne qui s'annonce ardue, quel bilan pouvez-vous dresser jusqu'à présent ? 

Bas Eickhout - En tant que Spitzenkandidat, je suis allé au Danemark, en Espagne, en République tchèque et aux Pays-Bas, mon pays d'origine. Et si je devais donner une vision à mi-parcours, le point positif est que je ressens vraiment beaucoup d'enthousiasme dans les partis. Je pense vraiment que les gens réalisent combien ces élections européennes sont importantes, que c'est l'avenir de l'Europe qui se joue là et que nous sommes à un carrefour. 

Un point négatif est la pression autour du 'Pacte vert européen'. Souvent interrogés à ce sujet, nous nous percevons presque comme les uniques défenseurs de ce pacte, ce qui semble logique, puisqu'il s'intitule 'Pacte vert'. En tant qu'élu des Verts, la défense de ce pacte est naturelle, bien qu'il représente un compromis adopté par tous les partis centristes.

C'est donc le fruit de l'effort de tous les groupes politiques, même si certains se détachent, laissant les Verts en première ligne de défense. Malgré notre soutien, nous avons également exprimé des critiques sur certains aspects. Ainsi, le défi est de souligner l'importance du 'Pacte vert' sans paraître comme son unique défenseur, surtout quand sa version actuelle ne reflète pas entièrement nos aspirations. C'est un peu la difficulté de cette campagne. 

L'Union européenne est ébranlée depuis quelques jours par un scandale d'influence pro-russe, évoquant des parallèles avec le 'Qatargate' (EUROPE 13382/12). Vous avez demandé une enquête sur les candidats aux élections européennes. Quel regard portez-vous sur le risque d'ingérence étrangère et pensez-vous qu’il puisse s'intensifier ? Face à cela, quelles solutions durables proposez-vous ?

La comparaison avec le 'Qatargate' est justifiée, car, selon moi, la situation actuelle est aussi grave, voire pire, en raison des intentions de la Russie d'affaiblir l'Union européenne et de saper notre démocratie. Le 'Qatargate', avec ses images marquantes de sacs d'argent liquide, a capté l'attention, mais l'ingérence russe est un assaut direct contre nos valeurs fondamentales. À la suite du 'Qatargate', des eurodéputés impliqués ont été arrêtés et exclus de leurs groupes politiques, une réaction qui devrait servir de modèle pour les affaires actuelles.

Je soutiens fermement que tout membre du Parlement européen qui accepte de l'argent d'interférences étrangères, que ce soit du Qatar ou de la Russie, doit être poursuivi et renvoyé de son groupe politique. Je demande également aux groupes politiques de prendre cette affaire au sérieux et d'exclure tout membre impliqué. Il est clair que nous devons nous concentrer sur les groupes politiques d'extrême droite au Parlement européen, pour qu'ils assainissent leurs rangs.

Le Parlement européen doit engager une enquête rigoureuse, similaire à celle post-Qatargate, pour renforcer la transparence et durcir les sanctions contre la corruption afin de protéger l'intégrité des élections européennes. 

Vous avez souligné l'implication de l'extrême droite, dont l’influence au Parlement européen devrait croître, selon les estimations. Sachant que votre campagne se concentre sur la lutte contre l'extrême droite, comment votre parti envisage-t-il de défendre sa vision d’une Union européenne plus fédérale, axée sur la démocratie, la transparence, et la responsabilité ? 

L'avenir de la démocratie européenne est central dans ces élections, face aux menaces de la Russie et des États-Unis, avec des implications particulièrement graves si Donald Trump était réélu. L'UE se voit isolée et l'illusion d'une action autonome par des pays comme la France est critique. La survie de notre démocratie dépend d'une Europe unie.

Les défis externes de la Russie et des États-Unis, ainsi que les problèmes internes comme ceux posés par M. Orbán en Hongrie et la situation en Pologne menacent nos valeurs. La montée de l'extrême droite dans des pays comme la Slovaquie aggrave la menace.

Pour protéger notre démocratie, nous devons exiger de la Commission européenne une défense rigoureuse de l'État de droit, et du 'Parti populaire européen' (PPE) un refus de coopérer avec les forces anti-démocratiques. Les Verts s'opposent à toute collaboration avec le CRE, les plaçant sur le même plan que le groupe 'Identité et Démocratie'. 

Dans votre manifeste, vous mettez un point d'honneur sur les droits individuels et soutenez une politique migratoire qui souligne la contribution positive des migrants. Pourquoi est-ce important d’insister là-dessus ? 

Le débat sur le ‘Pacte Asile et migration’ (EUROPE 13346/9) est révélateur. Nous reconnaissons tous la nécessité d'une plus grande coopération européenne en matière de migration. Toutefois, certaines parties du Pacte, en particulier celles liées aux mesures frontalières, sont problématiques, car elles compromettent le droit fondamental de demander l'asile. Des pratiques comme la détention d'enfants, qui est désormais envisagée, vont à l'encontre de nos valeurs européennes.

Nous, les Verts, croyons que ceux qui fuient leur pays méritent une évaluation individuelle de leurs droits, y compris le droit de ne pas enfermer les enfants. La vision d'une « Forteresse Europe » supposée protéger contre une menace extérieure néglige notre réalité démographique d'une population vieillissante et le besoin futur de main-d'œuvre. L'Europe doit favoriser des voies légales de migration au lieu de construire des murs.

Négliger cette vérité et nos valeurs fondamentales, c'est s'éloigner de l'essence même de l'Europe. Nous insistons sur l'importance d'accueillir et d'aider les réfugiés, en respectant nos engagements internationaux. 

Bien que l'environnement reste une préoccupation importante pour les citoyens européens, les prévisions indiquent que les Verts pourraient grandement reculer par rapport à leurs résultats de 2019, une tendance qui pourrait s’expliquer par l'importance encore plus grande accordée au pouvoir d'achat. Comment envisagez-vous de persuader que l'association entre la justice sociale et l'écologie est possible ? Comment pouvez-vous maintenir le cap alors que certains appellent à une « pause réglementaire » ?

Notre critique du 'Pacte vert' s’ancre en partie sur ce point. Certes, les politiques environnementales sont cruciales pour l'avenir et l'économie. Les emplois de demain seront créés par le 'Pacte vert' et la course mondiale pour l'innovation environnementale est intense.

Des pays comme les États-Unis investissent massivement dans la transition 'verte', attirant l'industrie, tandis que la Chine avance rapidement dans la production de véhicules électriques. Suggérer une pause dans cette course, commencée en 2019, serait une erreur. Nous ne pouvons pas nous permettre de ralentir après seulement quelques kilomètres.

Cependant, le 'Pacte vert' ne traite pas suffisamment les inégalités. Les politiques environnementales tendent à bénéficier aux plus aisés, laissant derrière ceux qui voient ces changements comme précipités et aggravants. Les grandes entreprises et les grandes exploitations agricoles profitent de conditions plus favorables, au détriment des PME et des petits agriculteurs.

Le 'Pacte vert' doit s'attaquer plus efficacement aux inégalités pour maintenir son soutien. La perception d'une transition injuste alimente la réaction négative actuelle. Pour avancer, il est vital de renforcer l'équité dans la transition que propose le 'Pacte vert'. 

Justement, quelle est votre perspective sur la récente révision de la Politique agricole commune (EUROPE 13379/2) visant à répondre au malaise des agriculteurs européens ? 

Elle est court-termiste et n'aide aucun agriculteur ! 

Le modèle économique actuel favorise les industries des engrais, pesticides, détaillants et supermarchés, laissant les agriculteurs économiquement vulnérables. La PAC accentue les inégalités en avantageant les grandes exploitations, raison pour laquelle nous, les Verts, avons voté contre, la considérant injuste et inadaptée.

Les accords de libre-échange exacerbent la concurrence sans corriger les inégalités de subventions, augmentant le désespoir agricole.

Certains politiciens, notamment de l'extrême droite, attribuent à tort les difficultés des agriculteurs aux politiques environnementales. Affaiblir le 'Pacte vert', comme le propose la Commission, n'abordera pas les vrais défis des agriculteurs dans la mondialisation. Nous insistons sur la nécessité de repenser notre modèle économique et d'entamer des discussions substantielles pour véritablement aider les agriculteurs.

Ce sont les thèmes de la campagne et je pense vraiment que nous sommes prêts.

Sommaire

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INSTITUTIONNEL
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