Les eurodéputés ont fait montre d'unité lors d'un débat à Strasbourg, mercredi 7 février, sur le besoin d'assurer un revenu décent aux agriculteurs et de garantir que les produits importés respectent les mêmes normes que celles appliquées dans l'UE, mais ils se sont renvoyé la balle sur la désignation des responsables de la crise que traverse aujourd'hui le monde agricole. En outre, peu de propositions ont été faites pour aider le secteur agricole, en plus de celles déjà présentées ou prévues par la Commission européenne (EUROPE 13344/10).
Le groupe PPE au PE estime avoir été le premier à tirer la sonnette d’alarme. Pour Manfred Weber (PPE, allemand), la politique agricole commune (PAC) n’est pas une subdivision de la politique environnementale. Il ne faut pas affronter les défis sous un angle idéologique, a-t-il mis en garde. Il a critiqué les propositions sur la loi sur la restauration de la nature et sur les pesticides et a estimé que les agriculteurs savent que « nous sommes leur meilleur avocat ».
Anne Sander (PPE, française) a prôné une pause dans les réglementations, des clauses miroirs s’agissant des produits importés, une simplification des règles de la PAC et une modification des règles sur les 4% de jachères.
Interrogée sur les attaques en France contre les transporteurs espagnols, Mme Sander a demandé que les règles soient les mêmes en Europe et vis-à-vis du reste du monde. Depuis le début du mouvement de colère des agriculteurs, les critiques se multiplient en France contre les agriculteurs espagnols, accusés d'inonder le marché français avec des produits à bas prix utilisant une plus grande quantité de produits phytosanitaires qu'en France.
François-Xavier Bellamy (PPE, français) a reproché aux Français du groupe Renew Europe d’avoir soutenu la loi sur la restauration de la nature et approuvé l’accord de libre-échange UE/Nouvelle-Zélande, qui va faire venir 30 000 t d’agneaux ou 20 000 t de lait en poudre produites selon des méthodes bannies en Europe. « Il faut regarder en face les responsabilités de nos groupes respectifs », a lancé M. Bellamy.
Jérémy Decerle (Renew Europe, français) a dit assumer les votes auxquels il a pris part. « Les agriculteurs ne cherchent pas de coupables, mais des solutions », a-t-il martelé. Pascal Canfin (Renew Europe, français) a suggéré de trouver un consensus autour de trois enjeux clés : le revenu, la transition écologique et la lutte contre les concurrences déloyales et la nécessaire protection de l'agriculture de l'UE.
Changer la PAC. Du côté des groupes S&D et Verts/ALE, l’accent est mis sur le besoin de réformer la PAC, mise en œuvre pourtant depuis 2023 seulement.
Iratxe García Pérez (S&D, espagnole) a d'abord reproché à la France et à la Hongrie d'avoir critiqué la PAC. Elle a demandé à la Commission d'indemniser les transporteurs espagnols et italiens victimes des attaques en France. Elle a demandé le maintien des aides en faveur des paysans en difficulté et une mise en œuvre adéquate de la directive contre les pratiques commerciales déloyales. L'UE, selon Iratxe García Pérez, ne doit pas sacrifier les accords commerciaux de l'UE avec les pays tiers.
L'écologie n'est pas l'ennemi de l'agriculture, a assuré lui aussi Christophe Clergeau (S&D, français). Le libéralisme conduit à une baisse du revenu agricole, a-t-il fait valoir, avant de proposer une autre PAC, car l'aide à l'hectare et la vente des produits sur des marchés dérégulés, cela ne marche pas. Il convient notamment de réhabiliter les stocks, de suspendre les accords de libre-échange et de généraliser les 'clauses miroir', a-t-il conclu.
Philippe Lamberts (Verts/ALE, belge) a estimé que le 'Pacte vert européen' n'était pas le coupable. En cause, selon lui, non seulement le système économique, qui écrase les agriculteurs, mais encore les accords de libre-échange. Il a critiqué une PAC productiviste visant à empêcher tout progrès en matière de transition écologique.
La Commission poursuit le dialogue. Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne, a évoqué les défis rappelés par le secteur agricole et a estimé qu’« agriculture et nature devront aller de pair ». ll a invité les parties prenantes à discuter dans le cadre du dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture de l’UE afin de trouver « un consensus » sur l’avenir de cette politique.
En fin de débat, M. Šefčovič a évoqué la complexité des enjeux et la nécessité de travailler ensemble pour trouver des solutions constructives. Il faut surmonter la polarisation de nos débats, a-t-il conseillé. Il faut garantir le revenu des agriculteurs et protéger ceux qui produisent de manière durable, sans tomber dans le piège des importations à bas prix en provenance de pays tiers, a-t-il résumé. Il convient de régler le problème de l'accès aux terres et de réduire le fardeau administratif, a reconnu le vice-président, qui a aussi rappelé les propositions de la semaine dernière visant à accorder une dérogation partielle aux obligations de jachères et à limiter les importations agricoles ukrainiennes.
Poursuite des débats au Conseil. Au nom de la Présidence belge du Conseil, Hadja Lahbib, ministre des Affaires étrangères du pays, a confirmé que, lors du prochain Conseil 'Agriculture', lundi 26 février, les ministres pourront s’exprimer sur les mesures proposées par la Commission et évaluer « les besoins de mesures supplémentaires ». La PAC a un rôle essentiel à jouer, mais les règles doivent être mises à jour pour tenir compte des objectifs fondamentaux, à savoir assurer la sécurité alimentaire et la juste rémunération des agriculteurs, a-t-elle précisé. « L’agriculture doit être durable pour la planète et pour ceux qui la cultivent », a conclu Hadja Lahbib. (Lionel Changeur)