Représailles commerciales ou simple avertissement ? Vendredi 5 janvier, le ministère chinois du Commerce a annoncé l'ouverture d'une enquête antidumping diligentée à l'encontre de plusieurs types d'alcool fort européens. À l'origine, une demande déposée le 30 novembre 2023 par l'Association chinoise des boissons alcoolisées (CADA) au nom de l'industrie nationale du brandy.
L'enquête concerne les boissons alcoolisées « fabriquées à partir de vin distillé importé de l'UE et conditionnées dans des récipients de 200 litres ou moins », selon l'annonce du ministère.
Cette décision intervient alors que l'UE a elle-même ouvert plusieurs enquêtes antidumping à l'encontre d'exportations chinoises (EUROPE 13318/28, 13264/21), la plus notable étant celle annoncée par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, en septembre dernier, contre les véhicules électriques (EUROPE 13249/1).
Début septembre, à peine deux semaines avant l'annonce de la Commission, les Pays-Bas, de leur côté, avaient déjà commencé à appliquer de nouvelles restrictions sur les exportations vers la Chine de machines de production de microprocesseurs avancés.
Les exportations françaises d'alcool sont les premières visées par cette enquête chinoise : le pays possède 46,28% des parts de marché en valeur et 26,90% en volume, selon le dispositif 'Team France Exports'. En 2023, la Chine représentait le 4e marché le plus important, derrière les États-Unis, l'Allemagne et le Royaume-Uni, selon les chiffres publiés en septembre par la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France.
Le fait que la France ait déployé un intense lobbying en faveur de l'ouverture de l'enquête contre les véhicules électriques chinois n'a, semble-t-il, pas échappé à Pékin.
Dans un contexte de relations tendues entre la Chine et l'UE, tant sur le plan commercial que géopolitique (EUROPE 13319/21, 13309/21), l'ouverture de cette enquête résonne comme une réponse de Pékin à la récente évolution de la stratégie commerciale européenne. (Isalia Stieffatre)