Les ministres de l’Intérieur des États membres ont débattu, jeudi 19 octobre dans la matinée et à l’heure du déjeuner, à la fois des récentes attaques terroristes en France et en Belgique, les 13 et 16 octobre, ainsi que des conséquences sur la sécurité intérieure de l’UE de la guerre entre Israël et le Hamas, notamment en termes de polarisation et de radicalisation au sein de la société.
S’exprimant à l’issue de la réunion, le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska Gomez, a indiqué, en ce qui concerne les implications du conflit entre Israël et le Hamas, que les ministres ont insisté sur la nécessité de renforcer la coopération policière ainsi que la lutte contre la radicalisation et la lutte contre toutes les positions violentes antisémites ou islamophobes.
« Nous devons rester en alerte et protéger nos lieux de culte pour que tout le monde se sente en sécurité dans l'UE », a commenté de son côté la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson.
Réunis pour un petit-déjeuner sur le contre-terrorisme, les ministres de 8 à 9 pays membres, incluant notamment la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, l’Italie, mais aussi la Suède, dont deux ressortissants ont été tués lundi soir à Bruxelles, ont discuté du renforcement de la coopération entre leurs services policiers et de l’échange d’informations.
Réunion d'urgence sur les retours
La question du retour dans leur pays d’origine des personnes ayant été déboutées du droit d’asile s’est aussi posée alors que les ministres cherchent à renforcer les outils européens en la matière, notamment à travers la finalisation de la révision de la directive sur les retours, proposée en 2018.
Les deux auteurs de ces attaques, la première en France ayant coûté la vie à un professeur, le 13 octobre, n’avaient en effet pas le droit de résider dans ces deux pays, l’auteur de l’attentat de Bruxelles ayant même demandé 4 fois l’asile dans des pays de l’UE depuis 2011 en recevant des décisions négatives.
« Le terroriste avait demandé l'asile dans quatre différents pays européens et, à chaque fois, il s'est vu débouté parce qu'il n'était pas éligible à la protection », a ainsi commenté la Secrétaire d'État belge à l’asile et la Migration, Nicole de Moor, en arrivant à Luxembourg.
Mercredi 18 octobre, lors de la présentation d’un ensemble de textes sur la sécurité et la migration, le vice-président de la Commission chargé de la Promotion du mode de vie européen, Margarítis Schinás, avait appelé à cet effet les colégislateurs à se mettre d’accord sur cette directive de 2018, validée par le Conseil de l’UE, mais pas encore par le PE.
Jeudi, à Luxembourg, Ylva Johansson a souhaité ne blâmer personne et a rappelé que la Tunisie, dont l'auteur des attaques de Bruxelles avait la nationalité, « coopère bien sur les retours. Nous devons faire plus entre États membres, on peut faire plus, car nous avons une législation sur la table. Elle date de 2018, c'est urgent, nous devons boucler le dossier le plus vite possible », a-t-elle commenté, espérant même que ce dossier sera conclu sous la Présidence espagnole du Conseil de l'UE.
Par ailleurs, elle a annoncé la tenue, vendredi 20 octobre, d'une réunion d'urgence du groupe de haut niveau sur les retours pour s'attaquer aux risques posés par certaines personnes déboutées de l'asile et ne pouvant plus rester dans l'UE.
Les négociations au sein du PE ont repris cette année, après des mois d’inactivité sur ce dossier, et la rapportrice néerlandaise, Tineke Strik (Verts/ALE), espère qu’un vote en commission parlementaire sera possible avant la fin de l’année (EUROPE 12519/5).
Selon Sophie in 't Veld (Renew Europe, néerlandaise), rapportrice fictive, c’est désormais le PPE et le rapporteur fictif Jeroen Lenaers (néerlandais) qui bloqueraient un accord, ce que le député a contesté sur X (anciennement Twitter).
Selon une source parlementaire, le contexte actuel ne se prête en tout cas pas à une position assouplie sur ce sujet, ce qui expliquerait pourquoi le groupe PPE ne pourrait pas encore actuellement se rallier aux compromis sur la table. (Solenn Paulic)