Les membres de la commission des Libertés civiles du Parlement européen (LIBE) ont fait un point, lundi 4 septembre, sur la situation migratoire aux frontières de la Lituanie et de la Lettonie ainsi que sur la façon dont ces deux pays protègent leurs frontières avec la Biélorussie tout en appliquant les obligations internationales sur l’asile.
En présence des ministres Arnoldas Abramavičius (vice-ministre de l'Intérieur, Lituanie) et Igors Rajevs (secrétaire parlementaire, ministère de l'Intérieur, Lettonie), Monique Pariat, la directrice générale ‘Affaires intérieures’ de la Commission, a fait état de flux en hausse dans ces deux pays, mais aussi en Pologne, depuis la Biélorussie, avec une augmentation des franchissements irréguliers « en hausse de 62% par rapport à 2022 », soit plus de 25 000 personnes, dont 17 000 pour les seuls franchissements tentés à la frontière avec la Pologne.
Si la Lituanie a vu « une augmentation significative depuis la mi-août », la situation reste stable en revanche pour la Lettonie.
Ces chiffres restent toutefois très en deçà de ce qu’avaient connu ces trois pays en 2021, quand la Lituanie avait connu des arrivées irrégulières plus de 50 fois supérieures à celles de 2020.
Pour les députés, notamment des Verts/ALE ou de La Gauche, ce point avec les ministres a surtout été l’occasion de les interroger sur les nouvelles lois mises en œuvre dans ces pays, conférant de nouveaux pouvoirs aux garde-frontières pour gérer les arrivées de migrants irréguliers.
La Commission a ainsi demandé ces derniers mois à la Lituanie de modifier une loi d’urgence accusée de favoriser les refoulements. Si les deux ministres ont assuré disposer de lois équilibrées leur permettant à la fois de contrôler les arrivées tout en ne privant aucun demandeur d’asile de ses droits, la Commission a indiqué avoir besoin d’une vue « plus claire » sur la situation sur le terrain. Elle a rappelé qu’aucune loi ne devait avoir comme résultat de priver les migrants de leur droit de demander l’asile.
La directrice générale a dit en tout cas attendre avec impatience les résultats des négociations entre le PE et le Conseil de l’UE sur le futur règlement 'filtrage des migrants', qui permettra de créer un système d’évaluation indépendante aux frontières extérieures de l’UE.
Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) s’était aussi inquiété en juin de la nouvelle loi lettonne autorisant les gardes-frontières à empêcher l'entrée dans le pays lorsqu'un demandeur d'asile est entré sur le territoire de manière irrégulière.
« La Lettonie respecte tous les standards internationaux et le principe de non-refoulement », s’est défendu le ministre, expliquant aux députés que si le nombre de franchissements irréguliers a augmenté en provenance de la Biélorussie, avec plus de 7 000 tentatives de passages en 2023, le pays a aussi davantage accordé l’asile à ceux qui l’ont demandé.
L'élu du PPE, Jeroen Lenaers (Néerlandais), quant à lui, a critiqué ses collègues de gauche qui dénoncent les lois lituanienne et lettonne, mais s'opposent par ailleurs aux solutions législatives sur la table pour contrer l'instrumentalisation. (Solenn Paulic)