L'Union européenne est prête à se doter d'un cadre de sanctions autonomes à l'encontre des auteurs du coup d'État militaire du 26 juillet au Niger et se tient aussi prête à examiner et mettre en œuvre tout ce que décidera la CEDEAO (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest), a confirmé le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, jeudi 31 août à Tolède.
Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE ont en effet discuté entre eux de la situation au Sahel et en particulier au Niger, comme l'avaient fait les ministres de la Défense la veille (EUROPE 13239/4), mais aussi, au déjeuner, avec le président de la Commission de la CEDEAO (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest), le commissaire à la Paix et la Sécurité de cette organisation régionale et le ministre des Affaires étrangères du président renversé, Mohamed Bazoum, le seul qui soit reconnu par l'UE et « légitime », a tenu à souligner M. Borrell.
Et de remercier l'Espagne d'être à l'initiative de l'invitation des participants africains, « une idée fantastique » qui a permis d'être « à l'écoute » de la CEDEAO et de lui exprimer « le plein soutien de l'UE » pour exercer « le maximum de pression » pour obtenir un retour à l'ordre constitutionnel au Niger.
La CEDEAO, qui avait initialement menacé d'intervenir militairement le 26 août, privilégie d'explorer pleinement la voie diplomatique. Cela a été confirmé par Josep Borrell à l'issue de la session.
« Évidemment que nous privilégions la voie diplomatique. C'est ce que fait la CEDEAO », a déclaré le Haut Représentant en réponse à une question concernant l'absence de consensus européen sur l'option militaire.
En revanche, toutes les propositions futures - « c'est la CEDEAO qui décidera » - seront dûment examinées par l'UE. Pour l'heure, « nous avons initié un processus de sanctions individuelles à l'encontre des putschistes, en suivant la CEDEAO », a confirmé le Haut Représentant, réitérant l'importance de « solutions africaines aux problèmes africains ».
Le cadre de sanctions économiques et financières permettra d'imposer le gel des avoirs des putschistes, des interdictions de voyage dans l'UE, en établissant une liste des personnes et entités qui seront visées. Il conviendra d'établir cette liste à une date ultérieure.
Une exception humanitaire sera prévue « pour que les limites aux échanges ne soient pas un problème supplémentaire pour la population », a précisé M. Borrell.
Selon lui, le président Bazoum, « retenu par les putschistes », « privé d'électricité », est « le seul président qui ait été démocratiquement élu dans la région du Sahel » et doit être soutenu. Le Haut Représentant a également exprimé la solidarité des ministres avec l'ambassadeur de France, en situation délicate à Niamey. Eu égard à la détérioration de la situation sécuritaire dans le golfe de Guinée, « nous devons revoir notre politique au Sahel ».
Le ministre espagnol, José Manuel Albares Bueno, qui, la veille, s'était entretenu avec le président de la CEDEAO, a souligné que « le gouvernement espagnol appuie toutes les options africaines et tous ceux qui veulent apporter une réponse pacifique au bruit des armes ». Il est d'avis que « la situation au Niger est une menace pour les citoyens, la démocratie, la stabilité, mais aussi pour l'UE ». D'autant que, « si l'Afrique est voisine, le Sahel est un voisin direct ». Il a dit en outre soutenir la France.
En amont de la session, la ministre allemande, Annalena Baerbock, a déclaré : « Il est de notre responsabilité, qu’au moment où nous avons sollicité le soutien d’autres pays dans le monde pour la paix en Europe, pour la défense du droit international, de ne pas fermer les yeux, mais d’être là quand ils ont besoin de nous. Et cela vaut pour la situation au Sahel. La CEDEAO nous a indiqué clairement qu’il ne fallait pas détourner notre regard au moment où un pays démocratique, un gouvernement démocratique a été renversé du jour au lendemain par un putsch militaire ». Selon elle, c'est pour cela qu'avec la France, l'Allemagne « a plaidé fortement pour l'adoption rapide d'un régime de sanctions qui montre clairement que nous, en tant qu’États démocratiques de l’Union européenne, sommes aux côtés d’autres démocraties quand elles ont besoin de nous ».
De l'avis de la ministre belge, Hadja Lahbib, « la Belgique et l’UE ont beaucoup investi dans la lutte contre le terrorisme ; il est important de préserver ces acquis et d’éviter les effets dominos de contamination, comme on le voit à l’heure actuelle au Gabon ».
En marge de la session, le président de la Commission de la CEDEAO a indiqué à la presse avoir expliqué « la position très ferme » adoptée par l'organisation régionale qu'il dirige (un blocus économique et financier) pour un retour à l'ordre constitutionnel et « la collaboration qu'il recherche des partenaires », faisant valoir que « le monde est un village global et qu'un événement quelque part peut avoir des répercussions dans le monde entier ».
« Nous avons été entendus. L'UE condamne fermement le coup d'État et soutient le président Bazoum comme président du Niger. Nous saluons cette position », a déclaré pour sa part le ministre des Affaires étrangères du président renversé. À son avis, « les clarifications apportées permettront à l'UE de consolider sa position ». Interrogé sur ses attentes envers l'UE, il a répondu : « Nous attendons qu'elle accompagne la CEDEAO. Les décisions doivent être soutenues par tous les pays démocratiques ». (Aminata Niang, avec Camille Cerise Gessant)