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Bulletin Quotidien Europe N° 13240
Invasion Russe de l'Ukraine / Ukraine

Pour Dmytro Kuleba, une « contre-offensive diplomatique » est en cours

Le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Dmytro Kuleba, a mis en avant, jeudi 31 août à Tolède, la « contre-offensive diplomatique » menée par l’Ukraine et l’UE, à quelques jours de la session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York.

« La contre-offensive diplomatique que nous menons est due à l'énergie, à la volonté et à la compréhension de ce qui doit être fait et de la manière dont cela doit être fait parmi les ministres de l'UE », a-t-il souligné devant les médias, à l’issue d’une discussion avec ses homologues des Vingt-sept.

M. Kuleba a annoncé que l’Ukraine et l’UE étaient convenues de coordonner leurs démarches et leur communication avec les pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique du Sud afin de les rallier à la formule de paix proposée par le président Zelensky. « Nous avons discuté de certaines mesures très spécifiques que nous prendrons pour atteindre cet objectif », a-t-il expliqué, sans donner plus de détails.

Devant les médias, à l’issue de la rencontre, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a confirmé que les ministres avaient discuté de la manière de continuer à soutenir cette formule - la seule discutée au niveau international - et de la rendre « centrale » sur la manière de parvenir à une paix juste en Ukraine.

Pour l’Allemande Annalena Baerbock, le plan de paix de M. Zelensky deviendra, « pas-à-pas, un plan de paix pour le monde ».

Trouver un accord sur le tribunal pour le crime d’agression

Les ministres sont également convenus de poursuivre les discussions sur la création d'un tribunal pour juger les crimes d’agression alors que les pays européens sont toujours divisés sur la question et que l'objectif était un accord avant la session de l'Assemblée générale des Nations Unies, qui commencera à la fin septembre. « Nous devons trouver un accord sur la création d’un tribunal international pour juger ceux qui sont responsables de ce crime d’agression. Depuis un an, nous tergiversons ; donc, nous n’avançons pas », a regretté le Luxembourgeois Jean Asselborn. Selon lui, il faut prendre une décision au niveau de l'Assemblée générale des Nations Unies, tout en reconnaissant que le G7 avait une position différente. 

« Nous devons trouver un moyen légal de former un tribunal spécial pour les crimes d'agression », a ajouté le ministre estonien, Markus Tsahkna, ajoutant que personne ne devait jouir de l'immunité pour les crimes d'agression.

Travailler sur les céréales

Selon M. Kuleba, les Européens se sont également engagés à renforcer le programme humanitaire 'Grains from Ukraine'. « Le lancement a été très réussi l'année dernière. Nous voulons le répéter », a-t-il expliqué. Le transfert des céréales ukrainiennes pourrait s’annoncer plus compliqué alors que l’initiative de la mer Noire est suspendue. Les ministres ont d'ailleurs souligné la nécessité que cette initiative soit pleinement rétablie et se sont mis d’accord sur les moyens d'étendre les corridors terrestres. « L'Ukraine est également convaincue, et je l'ai fait savoir aux États membres, qu'un autre corridor céréalier maritime, qui n'implique pas la Russie, est possible », a expliqué M. Kuleba.

Le ministre italien, Antonio Tajani, a estimé qu’il était important de renforcer l'action de la Turquie en faveur d'un accord sur les céréales, quand le ministre croate, Gordan Grlic Radman, a mis en avant les corridors de solidarité. « Nous avons besoin de plus pour aider et pour que les céréales ukrainiennes arrivent aux pays qui font face à l’insécurité alimentaire, en particulier en Afrique », a-t-il expliqué, précisant que son pays proposait ses ports, y compris sur le Danube, pour exporter les céréales.

 Réactions positives sur le fonds de 20 milliards

Au-delà de l’aspect purement diplomatique, tout comme leurs homologues de la Défense, la veille (EUROPE 13239/1), les ministres des Affaires étrangères ont discuté de la proposition de M. Borrell d’une enveloppe de 20 milliards d’euros pour l’Ukraine, dans le cadre de la 'Facilité européenne pour la Paix'. « Les réactions ont été positives et, en tout état de cause, la détermination à soutenir l’Ukraine pour l'assistance militaire est forte », a-t-il expliqué, ajoutant que les discussions se poursuivraient. Elles devraient être menées en lien avec la révision du cadre financier pluriannuel.

« Nous racontons à tout le monde que l’UE est derrière l’Ukraine ; donc, si elle est derrière Ukraine, il faut donner les moyens de l’aider », a indiqué M. Asselborn à EUROPE et au Monde. Pour le ministre autrichien, Alexander Schallenberg, il est nécessaire de voir le soutien à l’Ukraine au sens large, en lien avec le soutien macroéconomique supplémentaire proposé par la Commission européenne. « Il faut encore discuter de la question de savoir si ces 20 milliards sont vraiment nécessaires ou comment ils seront placés », a-t-il expliqué.

M. Borrell a publiquement regretté que la 8e tranche de la 'Facilité européenne pour la paix', de 500 millions d'euros, pour l'Ukraine soit toujours bloquée - par la Hongrie -, espérant un déblocage dans les semaines à venir. Malgré plusieurs tentatives, aucun accord n’a été trouvé pour l’instant entre l’Ukraine et la Hongrie, Budapest demandant à Kiev de retirer la banque hongroise OTP de la liste ukrainienne des sponsors internationaux de la guerre.

 Le ministre ukrainien a également annoncé une rencontre à Kiev entre les industries de défense ukrainienne et européenne pour discuter de l'accélération de la production et de la coproduction des armes nécessaires « non seulement à l'armée ukrainienne pour poursuivre sa contre-offensive, mais aussi (aux) armées (européennes) pour remplir (leurs) stocks et devenir plus fortes ». Il a également, une nouvelle fois, appelé les États membres à fournir plus d’armes, notamment, pour ceux qui en possèdent, des avions F-16.

La critique est facile, la guerre est difficile

Interrogé sur les critiques selon lesquelles la contre-offensive était trop lente, M. Kuleba a proposé aux détracteurs de venir se battre. « Critiquer la lenteur de la contre-offensive revient à cracher au visage du soldat ukrainien qui sacrifie sa vie chaque jour en avançant et en libérant chaque kilomètre du sol ukrainien l'un après l'autre. Je recommande à tous les critiques de se taire, de venir en Ukraine et d'essayer de libérer 1 cm par eux-mêmes », a-t-il lancé.

Le ministre lituanien, Gabrielius Landsbergis, est allé dans le même sens, estimant qu’il fallait « cesser de se plaindre des réalisations ukrainiennes sur le champ de bataille et s'engager dans ce qu’il est nécessaire de faire ». (Camille-Cerise Gessant, avec Aminata Niang)

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