Les ministres de la Défense des États membres de l'UE ont exprimé, mercredi 30 août, leurs vives préoccupations concernant le coup d'État militaire du 26 juillet au Niger et les risques de déstabilisation accrue du Sahel, lors d'un échange de vues informel à Tolède sur ce putsch et ses implications pour toute la région (EUROPE 13238/5). Ils ont estimé qu'il fallait se ranger derrière la communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), « comme nous le disons depuis le début », a précisé le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, en conférence de presse.
« Nous avons réitéré que nous soutiendrons des solutions africaines aux problèmes africains. C'est à eux de contrer ce coup militaire », a ajouté M. Borrell, précisant que l'UE mettra en œuvre toute décision qui sera prise par cette organisation régionale africaine. Le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray, pour sa part, a indiqué le 26 août que la CEDEAO « explore pleinement la voie diplomatique », malgré sa force en attente. Le même jour il recevait à Abuja (Nigeria, siège de l'organisation) la Secrétaire d'État adjointe des États-Unis pour les Affaires africaines, Molly Phee.
M. Borrell a aussi annoncé qu'il allait soumettre une proposition de cadre de sanctions autonomes de l'UE pour s'aligner sur les sanctions - économiques et financières - sans précédent imposées par la CEDEAO au Niger.
La France et l'Allemagne sont à l'origine de cette proposition qui sera discutée ce jeudi par les ministres européens des Affaires étrangères lors de leur réunion informelle. Un échange est prévu avec le chef de la CEDEAO et le ministre des Affaires étrangères du président nigérien renversé, Mohamed Bazoum, le seul que reconnaît l'UE. Tous deux ont été invités par la Présidence espagnole du Conseil, a précisé une source.
Invité à dire si l'UE serait prête à soutenir financièrement une opération militaire de la CEDEAO pour rétablir M. Bazoum dans ses fonctions, M. Borrell a répondu : « Nous sommes prêts à examiner toute proposition, mais nous aurons besoin de beaucoup de détails pour nous engager ».
À ceux qui critiquent l'UE pour avoir financé la formation de militaires au Niger, lesquels ont participé au putsch, il a rétorqué que « quand un pays lutte contre le terrorisme, il est impossible de savoir ce qui peut se passer du jour au lendemain. On doit soutenir les armées qui luttent contre le terrorisme ».
À ses côtés, la ministre espagnole par intérim, Margarita Robles, s'est félicitée de « l'unité » des ministres.
« Pour le moment, c’est la résolution politique de la crise qui prime. Une intervention ou le soutien à une intervention militaire n’est, pour le moment, pas l’objet des discussions », avait souligné la Secrétaire d’État allemande Siemtje Möller, en marge de la réunion. Et d’ajouter : « Pour nous, la priorité c’est toujours la situation de nos soldats, ce que nous défendons avec les instruments politiques que nous décidons ensemble ». Elle s'est dite inquiète, espérant notamment que le putsch au Niger ne retardera pas le retour du Mali du contingent allemand de la MINUSMA. Elle a néanmoins déclaré ne pas être informée d'un danger majeur pour la centaine de soldats allemands au Niger : « La plupart d'entre eux sont sur la base du transport aérien, qui est plus sûre ».
« Nous voulons continuer à mettre en avant notre responsabilité, notre engagement et celui de l’Union européenne sur le continent (africain), dont la stabilité est fondamentale pour notre sécurité », a estimé la ministre portugaise, Helena Carreiras.
L'eurodéputée française Nathalie Loiseau, qui préside la commission de la défense du Parlement européen, s'est alarmée de la multiplication des coups d’État militaires en Afrique « qui menacent les démocraties, qui menacent des chefs d’État démocratiquement élus et leurs gouvernements. Cela va contre nos intérêts ou nos principes et nos valeurs ». « Nous devons améliorer notre leadership, nous devons améliorer notre unité et soutenir les gens qui partagent les mêmes valeurs que nous », avait-elle déclaré à Tolède. (Aminata Niang avec Camille-Cerise Gessant)