Les Vingt-sept se sont entretenus, vendredi 30 juin au matin, lors du Conseil européen, au sujet de la relation entre l’Union européenne et la Chine. Comme attendu (EUROPE 13211/3), les États membres ont adopté une approche commune visant à minimiser les risques (‘de-risking’) concernant les dépendances et les vulnérabilités économiques, sans qu’il y ait de découplage des relations (‘decoupling’).
« C'est la première fois que nous nous mettons d'accord sur un texte montrant une unité claire à l'égard de la Chine », s’est félicité le président du Conseil européen, Charles Michel, à l’issue des discussions.
De-risking
« Nous en sommes arrivés à un large consensus sur ce concept de de-risking », a complété la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. « Il n’est pas dans notre intérêt d’opter pour le ‘decoupling’. Nous devons minimiser les risques économiques et diplomatiques ».
À leur arrivée au Conseil, vendredi matin, plusieurs chefs d’État ont indiqué que développer de bonnes relations politiques avec la Chine était possible, mais ont rappelé, comme le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, qu’il fallait « être moins naïfs et avoir les yeux ouverts, car il y a beaucoup de choses pour lesquelles nous dépendons de la Chine, et ce n’est peut-être pas une bonne chose ».
Pour la Première ministre estonienne, Kaja Kallas, il est important qu’une approche européenne des relations avec la Chine soit développée, distincte de celles des partenaires transatlantiques, et garder en tête que « toutes les connexions que l’on peut avoir peuvent aussi nous nuire. Il faut donc s’assurer d’être connectés avec des amis ».
Réduction des dépendances
Concernant les relations commerciales, le Premier ministre letton, Arturs Krišjānis Kariņš, a mentionné qu’« il s’agissait essentiellement d'évaluer si nous sommes trop dépendants de la Chine et comment réduire cette dépendance afin que, si quelque chose change radicalement dans le monde, nous puissions être en mesure d'y faire face à l'avenir », faisant explicitement référence à « la forte dépendance énergétique que nous avons eue à l’égard de la Russie ».
Les Vingt-sept se sont donc accordés sur la poursuite de « relations constructives et stables, ancrées dans le respect de l'ordre international fondé sur des règles, l'engagement équilibré et la réciprocité », comme indiqué dans les conclusions finales du Conseil européen.
Le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a mis l’accent sur ce principe de « réciprocité » et « d’attention particulière portée à l’évolution du multilatéralisme » qui ne concerne pas uniquement les relations avec la Chine.
Respect des droits humains
D’un point de vue diplomatique, le chancelier allemand, Olaf Scholz, considère qu’« il ne faut pas éluder les divergences sur les questions qui fâchent, concernant les droits de l’homme ou le soutien à la Russie ».
Dans ses conclusions, l’Union européenne appelle à nouveau la Chine à faire pression sur la Russie pour mettre un terme à sa guerre d’agression en Ukraine. Le Conseil se dit en outre inquiet en raison des tensions dans le détroit de Taïwan, réaffirmant son soutien à la politique d’'une seule Chine' (‘One China policy’) et réaffirme la promotion du respect des droits humains et des libertés fondamentales, notamment au Tibet, dans le Xinjiang et à Hong Kong.
L’association Human Rights Watch a dénoncé, dans un communiqué, « une nouvelle déclaration faible et inutile » dans les conclusions du Conseil. « Malheureusement, comme c'est souvent le cas, les dirigeants de l'UE se sont contentés de répondre aux crimes et aux menaces de la Chine par un langage faible et sans conséquence ».
Pour voir les conclusions du Conseil : https://aeur.eu/f/7un (Pauline Denys avec la rédaction)