Les ministres des États de l'UE responsables du Développement ont réaffirmé leur détermination à poursuivre leur soutien sans faille à la reconstruction à court et à long terme de l’Ukraine, lors de leur réunion informelle de Stockholm, jeudi 9 mars. La défense du multilatéralisme a été le fil rouge de cette session, qui a également permis d'aborder la réforme des banques multilatérales de développement pour répondre aux énormes besoins en financement des pays les plus vulnérables, ainsi que la gouvernance mondiale renforcée de la santé.
À l'issue des échanges qu'il a présidés, le ministre suédois de la Coopération internationale et du Commerce, Johan Forssell, a indiqué qu'en dépit des bombardements sur Kiev la veille, le vice-premier ministre ukrainien, Oleksandr Koubrakov, avait pu se connecter pour exposer par visioconférence les besoins de son pays, avant de retourner immédiatement se pencher sur la réparation des infrastructures énergétiques détruites. « Nous lui avons garanti que nous continuerons à aider aussi longtemps que nécessaire ».
Selon M. Forssell, la discussion a permis de dégager un consensus sur trois points : - l'importance fondamentale de coordonner l'expertise de chaque acteur tant dans l'aide bilatérale que multilatérale, ce pour quoi « la plateforme de coordination du G7 pour la relance et la reconstruction de l'Ukraine a un rôle essentiel à jouer » ; - la nécessité d'une mobilisation du secteur privé pour faciliter les investissements ; - le fait que la reconstruction de l'Ukraine « doit se faire dans le cadre de son processus d'adhésion à l'UE ».
Le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a rappelé que « l'aide à la reconstruction a déjà commencé. Nous nous efforçons de rétablir le réseau électrique ». Fustigeant les dernières attaques russes sur des infrastructures critiques, notamment « la centrale nucléaire de Zaporijjia », désormais privée d'électricité, il a insisté sur la nécessité de fournir à l'Ukraine à la fois des armes et de l'aide aux civils. « Nous devons fournir des générateurs pour produire de l'électricité et des missiles antiaériens pour éviter la destruction des générateurs ».
Les ministres ont aussi discuté de la réforme des banques multilatérales de développement pour qu'elles soient aptes à servir leurs objectifs dans un monde en mutation marqué par « le changement climatique, les catastrophes naturelles, les pandémies, des fragilités croissantes », a souligné M. Borrell.
Selon lui, il s'agit notamment de réfléchir aux problèmes d'endettement, de faire en sorte que ces banques continuent d'œuvrer à l'éradication de la pauvreté et puissent aider davantage les pays à revenus intermédiaires, mais pas aux dépens des PMA .
M. Borrell précisé que la « Banque européenne d'investissement consent plus de prêts que la Banque mondiale ». La réflexion se poursuivra lors de la réunion formelle, en mai.
Un sommet global sur la nouvelle architecture financière, coorganisé par la France et la Barbade, aura lieu en juin à Paris.
En marge de la session, la commissaire européenne aux Partenariats internationaux, Jutta Urpilainen, a précisé que la discussion ministérielle visait à identifier « comment nous pouvons aider nos partenaires dans le Sud global à avoir accès au financement par le biais des banques multilatérales de développement afin de les soutenir pour accélérer la transition verte et numérique dans leurs sociétés ».
La discussion sur la stratégie de l'UE en matière de santé mondiale et la préparation aux futures pandémies, tenue lors d'un dîner mercredi avec le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus (EUROPE 13137/16), devrait déboucher sur des conclusions du Conseil en mai, espère M. Forssell.
« Nous avons, une fois de plus, exprimé notre ferme soutien à une approche multilatérale des questions de santé mondiale», a dit M. Borrell.
À en croire la ministre belge, Caroline Gennez, qui s'exprimait à son arrivée à la réunion : « Nous ne pourrons être en sécurité, nous ne pourrons être en bonne santé, nous ne pourrons être forts en tant qu’Europe que si nous investissons dans le Sud. Alors, le monde sera plus sûr, plus sain et ne s’en portera que mieux ». (Aminata Niang)