La commission spéciale sur la pandémie de Covid-19 (COVI) du Parlement européen a organisé, lundi 30 janvier, une audition sur les conséquences de la désinformation sur la démocratie pendant la pandémie. Les experts ont mis en garde à propos d'une communication sanitaire inefficace, mais surtout de la volonté d’ingérence d’acteurs étrangers.
Une guerre d'information
« À chaque crise, vous avez des puissances étrangères, notamment la Russie et la Chine, qui s'immiscent dans les débats politiques et dont le but est de déstabiliser nos démocraties », a rappelé Raphaël Glucksmann (S&D, français), président de la commission spéciale sur l’ingérence étrangère (ING2) du PE. Pour preuve, a-t-il défendu : la désinformation s’est accompagnée de cyberattaques sur l’Agence européenne des médicaments et les hôpitaux dans le but de rendre l'UE « dysfonctionnelle ».
Or, l’incertitude liée à la pandémie en a fait « le terrain idéal pour des campagnes de déstabilisation ». Une analyse que partage Edward Lucas du Centre d’analyse des politiques européennes (CEPA). Les opérations sur l’information, a-t-il également souligné, « sont par nature visibles […], mais ne sont qu'une partie de la panoplie de tactiques que le parti communiste chinois et le Kremlin sont prêts à déployer ».
Pour l’expert, il est important de nommer le problème et d'« être clairs sur le fait que nous sommes attaqués [et] gravement menacés », de le surveiller ainsi que de « prendre des contre-mesures ». Il a notamment appelé les eurodéputés à s’interroger sur les pressions économiques du marché médiatique. « Si vous laissez seul le marché agir, vous permettez aux riches d'acheter de l'influence [et] de subventionner les médias qui promeuvent leurs points de vue », a-t-il résumé.
Inefficacité des communications officielles
Se concentrant sur les hésitations vaccinales, Dimitra Dimitrakopoulou, chercheuse au Massachusetts Institute of Technology (MIT), a estimé que celles-ci sont liées à un manque de confiance dans les institutions, une politisation de la crise sanitaire ainsi qu’aux messages contradictoires (par exemple, sur le port du masque).
Pour elle, la pandémie a aussi démontré que les méthodes de communication officielles des institutions de santé publique, « lourdes en jargon », « ne parviennent pas à trouver un écho auprès du public ». Au contraire, elle préconise des explications prenant en compte les inquiétudes des patients, sensibles au contexte et délivrées par des professionnels de santé de confiance, plutôt que des instances distantes.
Enfin, les deux experts ont également insisté sur les besoins d’éducation. Non seulement le public doit mieux maîtriser le processus scientifique, mais les experts doivent également apprendre à mieux communiquer avec les médias, ont-ils défendu.
En deuxième partie d’après-midi, les eurodéputés ont discuté d’une étude s’intéressant notamment à la manière dont les communications officielles et la désinformation liée à la Covid-19 ont été abordées par les États membres et la Commission européenne. Celle-ci formule également des recommandations sur la mise en œuvre du Code de bonnes pratiques pour lutter contre la désinformation (EUROPE 12973/10) et le règlement sur les services numériques (DSA) (EUROPE 13064/18).
Pour lire l’étude (en anglais) : https://aeur.eu/f/54k (Hélène Seynaeve)