Le groupe d’enquête de la commission des Libertés civiles du PE sur Frontex a fait le point, lundi 30 janvier, avec Uku Särekanno, le vice-directeur de l’agence, sur les changements internes mis en œuvre depuis la série de révélations sur les allégations de refoulements de migrants et la démission, en avril dernier, de l’ancien directeur, Fabrice Leggeri.
En attendant l'entrée en fonction, le 1er mars, du nouveau directeur de l'Agence, le Néerlandais Hans Leijtens (EUROPE 13078/24), ils ont aussi évoqué les tendances migratoires, entre craintes d’un nouvel afflux de réfugiés d’Ukraine et situation sur la route des Balkans occidentaux.
L'année 2022 a été marquée non seulement par la guerre en Ukraine, mais aussi par une nouvelle situation « très volatile » aux frontières extérieures, a dit d'emblée Uku Särekanno, avec les tentatives continues d’instrumentalisation de migrants, toujours attribuées à la Biélorussie. Des acteurs étatiques qui opèrent notamment directement « avec les groupes organisés » de trafic d’êtres humains.
Face aux multiples défis, Frontex s’est bien « tenue », avec le déploiement de 2 500 officiers permanents aux points les plus tendus aux frontières extérieures et plus de 17 opérations conjointes avec les États membres.
Par ailleurs, la réaction de Frontex a été « rapide » après le déclenchement de la guerre en Ukraine et, la semaine dernière, un accord a été signé avec l’agence ukrainienne de gestion des frontières, qui recevra « 12 millions d’euros » pour faire face aux conditions hivernales. Frontex fournira des « générateurs électriques, des uniformes », a dit le vice-directeur.
En ce qui concerne les flux en provenance d’Ukraine, il existe un « fort risque » de nouvelles arrivées dans l’UE, a ajouté le vice-directeur, même si ce mouvement ne s’est pas encore matérialisé et qu’il y a encore aujourd’hui autant de retours que d’arrivées d’Ukrainiens (environ 2 000 par semaine dans les deux cas).
Frontex n’a pas non plus vu se matérialiser la crainte d’importants trafics d’armes ou d’êtres humains entre l’Ukraine et les pays de l’UE limitrophes.
En ce qui concerne les Balkans occidentaux, Frontex s’est aussi davantage déployée avec 600 agents, notamment en Serbie avec plus de 130 officiers. Les appels à l’alignement de la politique des visas de la Serbie avec celle de l’UE commencent à « produire des effets positifs », a dit le responsable de Frontex, Belgrade ayant suspendu ses accords de libéralisation des visas avec le Burundi et le Bangladesh.
Sur le plan interne, le vice-directeur a appelé les élus à être patients, le « changement de culture organisationnelle prenant du temps ». Il a en tout cas assuré que la coopération fonctionne bien désormais entre les services opérationnels de Frontex et le service des Droits fondamentaux de l’agence.
Une relation de « confiance » s’est établie, a-t-il dit. Le recrutement de 40 officiers des droits fondamentaux est par ailleurs « finalisé » et les mécanismes de notification des incidents sont bien utilisés.
Quant aux refoulements de migrants, il a assuré que Frontex n’y prenait pas part. « Frontex opère sur la base de la loi », a-t-il notamment répondu à Theresa Muigg (S&D, autrichienne). (Solenn Paulic)