La Commission européenne veut renforcer la qualité des soins de longue durée apportés aux personnes dépendantes et valoriser le rôle des aidants, qu’ils soient des professionnels ou des aidants informels.
C’est le sens de sa Stratégie européenne pour les soins adoptée mercredi 7 septembre, qui entend aussi améliorer l’accès aux services de garde d’enfants dans l’UE pour soulager le quotidien de ces aidants et améliorer plus généralement l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle.
La Commission a proposé à ce titre deux nouvelles recommandations du Conseil, respectivement sur la révision des objectifs de Barcelone en matière d'éducation et d'accueil de la petite enfance et sur l'accès aux services de garde d'enfants ainsi que sur l'accès à des soins de longue durée abordables et de qualité.
Pour la vice-présidente Dubravka Šuica, chargée de la Démocratie et de la Démographie, la stratégie européenne pour les soins doit en particulier aider à soulager les femmes « qui assument toujours la majeure partie des responsabilités familiales » : 90% des travailleurs du secteur des soins sont des femmes et 7,7 millions de femmes sont sans emploi en raison de responsabilités familiales.
Par ailleurs, selon les données de la Commission, 1/3 des ménages européens ayant besoin de soins de longue durée ne font pas appel à ces services, car « ils ne peuvent se le permettre ». De même, « près de la moitié des personnes âgées de 65 ans ou plus qui nécessitent des soins de longue durée ne bénéficient pas de l’aide dont elles auraient besoin dans le cadre de leurs soins personnels ou de leurs activités ménagères ».
Pour le commissaire aux Affaires sociales, Nicolas Schmit, si l’organisation des soins à la personne ou des services de garde d’enfants demeure une compétence nationale, « l’UE peut aider les États membres à concevoir de bons systèmes ».
Elle peut aussi les encourager à valoriser ces professions et « cela passe par des hausses de salaires, de meilleures offres de carrières et de meilleures normes de santé et de sécurité au travail », a dit le commissaire.
Le nombre total de personnes susceptibles d’avoir besoin de soins de longue durée dans l’Union devrait par ailleurs passer d’environ 30,8 millions en 2019 à 33,7 millions en 2030 et à 38,1 millions en 2050, soit une augmentation globale de 23,5% .
Sur l’éducation et l’accueil de la petite enfance, la recommandation propose concrètement de réviser les fameux « objectifs de Barcelone » fixés en 2002 pour augmenter la participation des femmes au marché du travail.
Les objectifs actuels invitent les États membres à mettre en place des services d'accueil pour 33% des enfants âgés de moins de 3 ans et pour 90% des enfants ayant entre 3 ans et l'âge de la scolarité obligatoire. La Commission propose que, d'ici à 2030, au moins 50% des enfants âgés de moins de 3 ans participent aux systèmes d'éducation et d'accueil de la petite enfance et que 96% des enfants ayant entre 3 ans et l'âge du début de la scolarité primaire obligatoire participent aux systèmes d'éducation et d'accueil de la petite enfance.
La Commission recommande également aux États membres de veiller à ce que les services d'accueil des enfants soient abordables, accessibles et de qualité, et disponibles également dans les zones rurales ou défavorisées. « Un droit légal aux services d'éducation et d'accueil de la petite enfance devrait aussi être introduit ». Des mesures ciblées doivent par ailleurs renforcer la participation des enfants issus de milieux défavorisés, handicapés ou ayant des besoins particuliers aux services d'éducation et d'accueil.
Soins de longue durée : améliorer les conditions de travail et attirer les hommes
La recommandation demande aux États membres de dresser des plans d’action nationaux pour améliorer la disponibilité, l'accessibilité et la qualité des soins de longue durée. Ils sont invités à accroître l'offre et l'éventail de services professionnels de soins de longue durée (soins à domicile, soins de proximité et soins résidentiels) en résorbant les disparités territoriales.
Il faut aussi prendre en compte l’accessibilité de ces soins pour les personnes handicapées. Un soutien financier, mais aussi psychologique, est également préconisé pour aider les aidants.
Sur les conditions de travail des prestataires de soins, il est recommandé, notamment pour attirer davantage d’hommes, de stimuler la négociation collective et le dialogue social pour améliorer les salaires ou de développer une éducation et une formation continues pour les prestataires de soins.
La Commission, quant à elle, réfléchira à la mise en place d'un « nouveau dialogue social sectoriel » axé sur les services sociaux à l'échelle de l'UE. Elle prévoit aussi de cartographier d’ici à fin 2022 les conditions d'admission et les droits des prestataires originaires de pays tiers pour mettre éventuellement en place de nouveaux dispositifs de migration légale.
Réactions
La stratégie a été globalement bien accueillie par les associations, comme AGE, la plateforme européenne des organisations venant en aide aux personnes âgées, qui l’a qualifiée d’« historique ».
Caritas Europe accueille également positivement les dispositions sur la migration légale.
Pour la Fédération européenne des services publics (EPSU), la stratégie va « dans la bonne direction, mais les travailleurs ont besoin de plus », notamment d'un vrai outil de contrôle des conditions de travail « pour éviter d'autres situations comme ORPEA en France », avec un scandale de maltraitance des personnes âgées en établissements.
La Fédération européenne des services aux personnes (EFSI) parle en revanche d’une « occasion manquée », la spécificité « du secteur des travailleurs des services personnels et domestiques (SSP) dans la fourniture de services de soins à des milliers de millions d'Européens n’étant pas reconnue ».
AGE reconnaît aussi que « dans les domaines les plus importants, la stratégie en matière de soins ne fournit pas d'objectifs et d'indicateurs clairs pour les soins de longue durée, contrairement à son ambition pour l'éducation et la garde des jeunes enfants ». Et dans la plupart des domaines, « la Commission renvoie la balle dans le camp des États membres ».
Lien vers les propositions : https://aeur.eu/f/2yu (Solenn Paulic)