Le porte-parole du Service européen pour l’action extérieure, Peter Stano, a expliqué, lundi 25 octobre, que l’UE prenait note et suivait de très près l’annonce du président turc, Recep Tayyip Erdoğan, de la qualification de dix ambassadeurs, dont six d’États membres de l’UE, de 'persona non grata'.
Quelques jours plus tôt, les ambassadeurs de France, de Finlande, du Danemark, d'Allemagne, des Pays-Bas, de Suède, du Canada, de Norvège, de Nouvelle-Zélande et des États-Unis avaient appelé à la libération urgente du philanthrope Osman Kavala (EUROPE 12429/22), conformément à l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme de 2019.
Interrogé sur la possible qualification par l’UE de ‘persona non grata’ de l’ambassadeur turc auprès de l’UE, M. Stano a précisé qu’il ne fallait pas anticiper les événements alors que la décision turque n'a pas encore été notifiée officiellement aux dix pays concernés.
Devant les députés de la délégation parlementaire UE/Turquie du Parlement européen, et comme il l’avait fait quelques minutes plus tôt lors d’une audition à huis clos en commission des affaires étrangères du PE, le directeur général par intérim de la DG 'Voisinage et élargissement' de la Commission européenne, Maciej Popowski, s’est dit « préoccupé » par la situation, ajoutant qu’il ne s’agissait pas d’une question interne, mais du respect d’un arrêt de la Cour européenne des Droits de l’homme.
« Notre tâche serait de plus en plus difficile si la Turquie se mettait en porte-à-faux vis-à-vis de nos États membres », a-t-il ajouté. M. Popowski a notamment rappelé que le Conseil devait donner mandat à la Commission pour travailler sur la modernisation de l’Union douanière, ce qui se fait à l’unanimité. « Nous devons réagir à chaque fois qu’un État membre est visé », a aussi prévenu le directeur général.
Le rapporteur du PE pour la Turquie, Nacho Sánchez Amor (S&D, espagnol), et le président de la délégation parlementaire UE-Turquie, Sergey Lagodinsky (Verts/ALE, allemand), ont également dénoncé les annonces du président turc, les qualifiant d’« incompréhensibles et totalement infondées ». « Nous ne pouvons les interpréter que comme une tentative de détourner l’attention des vrais sujets urgents, qu’ils soient intérieurs ou bilatéraux »,ont-ils ajouté.
Selon les députés, il est encore possible d’éviter une « grave crise diplomatique ». Ils ont donc appelé les autorités turques à ne pas prendre de mesures qui pourraient aboutir à un scénario encore pire pour les relations UE/Turquie.
« Nous exhortons l’UE à coordonner une réaction commune et, tant que cela est possible, à encourager nos homologues turcs à la désescalade », ont-ils ajouté. Ils ont été soutenus par leurs collègues de la délégation parlementaire, qui ont appelé à réagir beaucoup plus fortement face aux actions de M. Erdoğan. (Camille-Cerise Gessant)