L'Union européenne va plaider pour « un moratoire » sur l'extraction des énergies fossiles en Arctique, a indiqué le commissaire européen à l'Environnement, Virginijus Sinkevičius, mercredi 13 octobre.
« Nous lançons un appel pour que le pétrole, le gaz et le charbon restent dans le sous-sol (...) en Arctique et nous plaidons pour un accord international introduisant un moratoire », a déclaré M. Sinkevičius, en présentant la stratégie européenne révisée pour cette région nordique du globe. Pour y parvenir, il a estimé que l'UE devait « montrer l'exemple », notamment en modifiant son mix énergétique. Et si l'introduction d'un moratoire est impossible, l'extraction devra se faire dans le respect des normes environnementales sévères.
Actuellement, l'UE importe 87% du gaz GNL produit dans l'Arctique russe, selon la communication que la Commission européenne a adoptée ce mercredi.
En Arctique, le réchauffement climatique est trois fois plus rapide qu'ailleurs et provoque des feux de forêt, la fonte de la glace et le dégel du permafrost. La Commission entend à ce titre renforcer la recherche sur les effets du dégel du permafrost, qui pourrait mettre en péril les champs pétrolifères et libérer des gaz à effet de serre ainsi que des germes dangereux.
Nouvelle donne géopolitique. Pour l'institution de l'UE, les Européens doivent s'impliquer davantage diplomatiquement dans la région arctique, qui attise les convoitises de grandes puissances. Une délégation de l'UE sera d'ailleurs implantée au Groenland pour accroître sa présence sur place.
Alors que des étés sans glace en Arctique sont annoncés avant 2050, la région pourrait devenir une zone de trafic maritime permettant de réduire les distances commerciales et, donc, les coûts.
« Nous serons à la pointe en vue d'un transport maritime propre dans l'océan arctique », a promis le commissaire.
De l'avis d'experts, ces nouvelles routes maritimes constituent une perspective à long terme davantage qu'une réalité. Elles seraient surtout convoitées par les Russes et les Chinois alors que les Européens mettent en avant les risques liés aux conditions climatiques extrêmes et l'absence d'infrastructures pour un transport sûr des marchandises.
Protéger l'Arctique ne signifie pas le sanctuariser, mais y favoriser un développement socioéconomique durable, respectueux des populations locales, avec pour élément central le Pacte vert européen. Les programmes de coopération transfrontière Interreg et d'investissement InvestEU peuvent être mobilisés à cette fin. Même chose pour le programme spatial et le Mécanisme d'interconnexion en Europe pour améliorer les connexions numériques.
Enfin, les opportunités de financement européen pourraient être rendues plus visibles grâce à la mise en ligne d'un guichet unique à destination des acteurs de terrain.
Voir la communication de la Commission : https://bit.ly/3aws4G7 (Mathieu Bion)