La rencontre entre le Collège des commissaires et le gouvernement slovène a été marquée, jeudi 1er juillet, par des tensions concernant l’État de droit.
Lors du débat, le Premier ministre, Janez Janša, a montré une photo représentant des députés européens S&D en compagnie de juges, laissant entendre que ces derniers sont politisés. Selon lui, des membres de la haute cour font des campagnes politiques le dimanche et, le lundi, rendent leur jugement de manière 'indépendante', avec « comme coïncidence » d’envoyer des personnes qui ne sont pas de leur spectre politique en prison.
Alors que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, aurait, selon une source citée par Politico, rappelé que les juges étaient autorisés à avoir des positions personnelles qui n’influençaient pas forcement leurs jugements, M. Timmermans, membre du S&D, a, en représailles, refusé d’apparaître sur la photo de famille.
« Je ne pouvais tout simplement pas être sur le même podium que le Premier ministre Janša après son attaque et sa diffamation inacceptables à l'encontre de deux juges et de deux eurodéputés S&D. Il a mis en cause leur intégrité parce qu'ils étaient des juges et des eurodéputés (...) parce qu'ils étaient sur la même photo », a-t-il justifié. Il a rappelé que l’indépendance judiciaire et le respect du rôle des députés européens élus étaient les pierres angulaires de l'État de droit, sans lequel l'UE ne peut fonctionner. Et de conclure : « Nous ne pouvons jamais cesser de dénoncer ceux qui l'attaquent ». Selon la porte-parole de la Commission, Mme von der Leyen respecte la décision de M. Timmermans.
Interrogé sur l’absence de M. Timmermans sur la photo, M. Janša a expliqué, lors d’une rencontre avec des journalistes bruxellois, qu'il n’avait pris conscience de cette absence qu'a posteriori. Il a confirmé que le vice-président était contrarié à cause du débat sur l’indépendance de la justice. « J’ai juste voulu expliquer la situation. Si vous n'aimez pas la vérité, c'est un problème pour vous, pas pour la vérité », a-t-il ajouté.
« Nous n'avons aucun problème à ce que quiconque vérifie quoi que ce soit : l'État de droit, la liberté de la presse, le financement des médias », a expliqué le Premier ministre, qui a appelé à ne pas faire des évaluations sur des informations biaisées.
« Nous ne sommes pas une colonie, pas un État membre de seconde classe, nous devons avoir le même traitement » que les autres États membres, a prévenu M. Janša. Il s'est plaint du fait que les lettres de la Commission à destination de certains États membres soient d’abord publiées dans les médias avant d’être parvenues dans les capitales.
De son côté, le ministre de l’Intérieur, Aleš Hojs, interrogé sur une manifestation hostile au gouvernement, a expliqué qu’il ne traiterait personne de cochon (« swine »), mais qu’après ce qu’il avait entendu la veille, il pourrait désigner par ce qualificatif quelqu’un qui occupe « un poste élevé dans la bureaucratie de l'UE ». À l’issue de la rencontre, le ministre a nié, sur Twitter, avoir visé M. Timmermans.
M. Janša est de nouveau revenu sur la politisation et/ou la non-indépendance des juges et des journalistes dans son pays, diffusant la vidéo qu’il n’avait pu diffuser lors d’une audition au Parlement européen le 26 mars (EUROPE 12687/1). Tout en précisant que cela n’était pas un problème qu’un journaliste devienne un politique - une voie qu'il a lui-même suivie -, il a expliqué que cela était mauvais quand cela se passait uniquement dans une partie du spectre politique, sous-entendant la gauche.
Il a appelé à plusieurs reprises les journalistes à vérifier les faits concernant la situation dans son pays. « Nous savons qui sont vos sources », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, interrogé sur la loi jugée anti-LGBTI hongroise, le Premier ministre a expliqué que « l'UE (n'était) pas une union sans l'Europe centrale ». Il a mis en garde contre une politique de deux poids deux mesures, qui pourrait mener à l'effondrement de l'UE.
M. Janša a également refusé la différence entre démocraties illibérales et libérales. « La démocratie est la démocratie », a-t-il expliqué. (Camille-Cerise Gessant)