La Commission aurait pour projet d’établir un nouveau système de certification de gestion forestière à l’échelle de l’Union européenne, selon l’avant-projet de la future stratégie de l’UE pour les forêts, prévue pour la fin juillet.
« La Commission élaborera (…) des critères pour un système de certification volontaire harmonisé ‘plus proche de la nature’ afin que les pratiques de gestion les plus respectueuses de la biodiversité puissent bénéficier d’un label de qualité européen », indique ainsi ce document provisoire obtenu par EUROPE.
L’institution prévoit aussi de définir des « indicateurs supplémentaires » ainsi que des « seuils » ou des « fourchettes » pour la gestion durable des forêts en ce qui concerne notamment la santé des écosystèmes forestiers, la biodiversité et les objectifs climatiques. Ces indicateurs seront inclus dans la future proposition législative sur la planification et la surveillance des forêts de l’UE.
Selon l’avant-projet, cette proposition législative aura pour but de « garantir un système harmonisé de surveillance, de collecte de données et de rapports sur les forêts de l’UE et une planification coordonnée et stratégique des forêts de l’UE ».
Des propositions que n’a pas très bien accueillies le secteur de la sylviculture.
Dans un communiqué commun, 14 organisations ont ainsi souligné qu’il n’existe pas « de méthode unique de gestion des forêts », étant donné leur diversité, tout en insistant sur la nécessité de respecter les législations nationales et régionales en la matière. Et d’ajouter : « la mise en place d’un nouveau cadre juridique qui comprendrait un outil de planification et de gestion forestière coordonné au niveau de l’UE ou la fixation d’indicateurs et de seuils communautaires pour la gestion durable des forêts aurait (…) un fort impact sur la gestion durable des forêts de l’UE ».
D’ici à la fin de 2021, la Commission souhaite en outre convenir d’une définition commune des forêts primaires et anciennes et du « régime de protection stricte ». Dans cette optique, les États membres devraient s’engager d’urgence à achever la cartographie et la surveillance de ces forêts, en veillant à ce qu’elles ne se détériorent pas avant de commencer à appliquer le régime de protection, indique le document.
L’institution compte également proposer un « instrument juridiquement contraignant » pour la restauration des écosystèmes, y compris les écosystèmes forestiers, et développer des lignes directrices sur le boisement et la restauration des forêts dans le respect de la biodiversité.
Afin d’encourager le stockage à long terme du carbone dans les produits de construction, la Commission semble également vouloir établir une méthodologie pour quantifier les avantages climatiques des produits de construction en bois et d’autres matériaux de construction.
L’avant-projet rappelle en outre l’objectif visant à planter au moins 3 milliards d’arbres supplémentaires dans l’UE d’ici à 2030 – prévu dans la stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité – et comprend une feuille de route définissant des critères clairs pour la plantation, le comptage et le suivi des arbres afin de veiller à la mise en œuvre de cet engagement.
Enfin, il est à noter que le document réaffirme l’intention de la Commission d’adopter une proposition législative visant à garantir que les produits vendus sur le marché de l’UE, y compris les importations, ne contribuent pas à la déforestation mondiale.
Les ONG pas convaincues
Confiant ses impressions à EUROPE, l’eurodéputé Thomas Waitz (Verts/ALE, autrichien) a semblé relativement satisfait des propositions reprises dans cet avant-projet : « La version fuitée de la stratégie forestière montre que la Commission européenne a pris conscience que les forêts ne sont pas seulement des puits de CO2 ».
M. Waitz reste néanmoins prudent, étant donné qu’il ne s’agit que d’un document provisoire : « Il reste à voir si le lobby forestier parviendra à affaiblir des mesures avant la publication de la stratégie ».
De son côté, la coalition d’ONG Forest Defenders Alliance s’est montrée assez critique vis-à-vis des plans de la Commission. « Le principal problème de l’avant-projet est la crédulité avec laquelle il continue de traiter le concept de bioéconomie comme un moyen d’atténuer le changement climatique, ne reconnaissant pas l’incompatibilité fondamentale de réaliser une 'augmentation extraordinaire et urgente de l’accroissement annuel net des forêts' tout en augmentant l’exploitation forestière », estiment ainsi ces organisations dans une analyse du document.
Voir le document provisoire : https://bit.ly/2TcaMJ2 ; le communiqué du secteur forestier : https://bit.ly/3A8SFV2 et l’analyse de la Forest Defenders Alliance : https://bit.ly/3xZY7HT (Damien Genicot)