La Commission a indiqué, mardi 11 mai, qu’elle n’avait « pas encore reçu » de propositions d’aides spécifiques de la part des États membres pour relocaliser les milliers de personnes arrivées à Lampedusa ces derniers jours. Le 10 mai, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, avait appelé à la « solidarité » avec l’Italie.
Plus de 2 000 personnes sont arrivées depuis le week-end, venant de Libye, selon les autorités locales.
Mario Draghi, le Premier ministre italien, a inscrit cette question à l’ordre du jour d’un prochain Conseil des ministres alors que la presse italienne a relaté, le 11 mai, un projet du gouvernement italien visant à demander à l’UE de payer la Libye pour qu’elle prévienne les départs de migrants, à l’image de l’accord entre l’UE et la Turquie de mars 2016.
Le bureau du Premier ministre a néanmoins démenti cette information dans la journée.
Pacte « irréalisable »
L’ONG EuromedRights, de son côté, a publié, le 11 mai, une étude dans laquelle elle estime que le nouveau 'Pacte Asile et migration' aurait pour conséquence pour l’Espagne, l’Italie et la Grèce de devoir respectivement « multiplier par 6, 7 et 34 les capacités de rétention actuelles » pour mettre en œuvre les nouvelles obligations. « Le Pacte européen sur les migrations proposé ne résout rien et est tout simplement irréalisable ».
En analysant les données sur les arrivées en 2020, le rapport montre comment l'Espagne et l'Italie devraient respectivement multiplier par 6 et 7 leur nombre de centres de détention formels et informels, si les règles du Pacte de l'UE étaient mises en œuvre. Selon ces règles, dans une situation de crise similaire à celle de 2015, la Grèce devrait multiplier par 34 ses centres de détention.
En 2015, l'Italie et la Grèce n'avaient pu faire relocaliser qu'un tiers du nombre total envisagé. « Ce scénario pourrait donc s'aggraver avec l'introduction, sous le concept de 'solidarité', de parrainages de retour et de soutien aux politiques d'externalisation comme alternative à la relocalisation », ajoute l’ONG.
Réunion au Portugal sur les partenariats de migration avec les pays tiers
À Lisbonne, s’est par ailleurs tenue le même jour une conférence ministérielle avec les pays d’Afrique du Nord et d’Afrique (Algérie, Égypte, Libye, Mauritanie, Maroc, Niger, Sénégal et Tunisie) afin d’évoquer de futurs partenariats de migration plus poussés.
Lors d’une conférence de presse commune, le ministre portugais de l’Intérieur, Eduardo Cabrita, et la commissaire Ylva Johansson ont souligné la valeur ajoutée de ces coopérations avec les pays d’origine ou de transit et la nécessité à la fois de combattre les trafiquants qui alimentent les traversées dangereuses vers l’UE et de développer des voies légales.
La commissaire doit présenter prochainement un plan d’action contre les trafiquants, a-t-elle rappelé lors de ce point presse. Elle devrait aussi bientôt lancer les ‘partenariats de talents’ qui visent à développer des programmes de migration légale de travail avec ces pays d’origine et de transit.
Lien vers le rapport d’Euromedrights : https://bit.ly/33vE5Il (Solenn Paulic)