Les représentants européens des travailleurs du secteur de l’ATM (gestion du trafic aérien) ont alerté, jeudi 8 avril, sur le traitement réservé à leurs collègues albanais par la société Albcontrol, chargée de la gestion et du contrôle de l’espace aérien du pays.
Cette dernière – entièrement détenue par l’État albanais, mais uniquement financée par les compagnies aériennes, sur la base du trafic aérien – a réduit jusqu'à 70% les salaires de ses employés.
Avant de prendre sa décision, Albcontrol n’a pas même « consulté ni même parlé aux syndicats » et a refusé par la suite de négocier une convention collective, rapportent l’ATCEUC – qui représente quelque 14 000 employés du secteur en Europe – et la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF).
En début de semaine, les contrôleurs aériens de Tirana se sont donc mis en grève. Les autorités albanaises ont alors envoyé des policiers pour faire sortir les contrôleurs aériens de la tour de contrôle et certains contrôleurs auraient alors été arrêtés. L’ATCEUC indique avoir perdu tout contact avec ces travailleurs-ci.
La semaine dernière, certains avaient rencontré le Président albanais, Ilir Meta, pour exprimer leurs préoccupations. « Ils avaient été entendus », a assuré à EUROPE un membre de l’ATCEUC.
Ce jeudi, M. Meta a ainsi demandé – comme en témoigne une déclaration disponible sur son site – qu'Albcontrol soit entendue par la Cour des comptes albanaise. Mais la requête a été jugée sans intérêt par le Premier ministre, Edi Rama.
Ce dernier a par ailleurs appelé au licenciement des contrôleurs refusant de reprendre le travail et aurait également menacé d'intenter une action en justice contre les travailleurs protestataires.
Cette crise, qui secoue donc désormais jusqu’au gouvernement albanais, intervient alors que Tirana pourrait enfin, d’ici juillet prochain, ouvrir officiellement ses négociations d'adhésion à l'UE avec la tenue de sa première conférence intergouvernementale (EUROPE 12631/15).
« Dans un pays qui aspire à devenir membre de l'UE, il est inacceptable que des travailleurs essentiels à la sécurité puissent être licenciés et finalement arrêtés simplement pour avoir exercé leurs fonctions conformément aux réglementations de l'UE », estime l’ATCEUC, qui attend des institutions européennes qu’elles ne restent pas sans rien dire. (Agathe Cherki)