Les chefs d’État et de gouvernement européens ont souligné, vendredi 26 février, leur volonté de promouvoir la « capacité d’adaptation et la préparation » de l’UE à faire face efficacement à toutes les menaces et à tous les défis en matière de sécurité.
« Face à une instabilité mondiale accrue, l'UE doit assumer une plus grande responsabilité en matière de sécurité », expliquent les dirigeants dans une déclaration, estimant aussi qu’il faut adopter une « ligne de conduite plus stratégique » et renforcer « la capacité de l'UE à agir de manière autonome ».
Ils s’engagent donc à approfondir la coopération en matière de sécurité et de défense entre les États membres, à accroître les investissements dans le domaine de la défense et à renforcer le développement des capacités civiles et militaires ainsi que l'état de préparation opérationnelle au sein de l'Union.
Pour cela, ils entendent renforcer l’engagement opérationnel civil et militaire de l'Union, « notamment par une meilleure constitution des forces, une planification et un commandement plus efficaces de l'UE et une mise en œuvre plus vigoureuse de la facilité européenne pour la paix, qui devrait être rapidement mise en œuvre ». Les missions PSDC de l’UE font souvent face à un manque de personnel.
Les dirigeants veulent mieux exploiter les possibilités de collaboration recensées dans le cadre de l'examen annuel coordonné de la défense (CARD) et utiliser pleinement la coopération structurée permanente (CSP) « pour renforcer l'investissement, l'état de préparation et le développement des capacités collaboratives ».
Ils plaident également pour le renforcement de la base industrielle et technologique de défense de l'Europe. Selon eux, cela doit passer notamment par le Fonds européen de défense, et en favorisant les synergies entre les industries civiles, de défense et spatiales, y compris dans le domaine de l'intelligence artificielle et des technologies perturbatrices. « Cela devrait soutenir notre résilience en ce qui concerne les technologies critiques et les chaînes de valeur stratégiques », précise la déclaration. Les Européens invitent la Commission à présenter une feuille de route technologique d'ici octobre 2021 « pour stimuler la recherche, le développement technologique et l'innovation et réduire nos dépendances stratégiques dans les technologies et les chaînes de valeur critiques ».
Enfin, les membres du Conseil européen s’engagent à prévoir un accès européen sûr aux biens communs mondiaux, y compris l'espace, le cyberespace et la haute mer, et une amélioration de la mobilité militaire.
Renforcer la résilience face aux nouvelles menaces
Les Européens visent aussi à renforcer la résilience et la réactivité de l'Europe en matière de cybersécurité et à améliorer le cadre de gestion des crises dans ce domaine. Ils souhaitent donc que la Commission et le Haut Représentant fassent un rapport sur la mise en œuvre de la stratégie sur la cybersécurité d’ici juin 2021 (EUROPE 12624/1). Les dirigeants invitent aussi le Conseil de l’UE et le Parlement européen à faire avancer rapidement les travaux sur la directive révisée sur la sécurité des réseaux et des systèmes d'information (directive NIS 2).
Le Conseil européen demande par ailleurs une coopération et une coordination accrues pour prévenir les menaces hybrides, y compris la désinformation, et y répondre, « notamment en associant le secteur privé et les acteurs internationaux concernés ».
Informés par le Haut Représentant de l'UE, Josep Borrell, sur les travaux en cours pour rédiger une « boussole stratégique ambitieuse pour guider la poursuite de la mise en œuvre du niveau d'ambition de l'UE en matière de sécurité et de défense », les dirigeants invitent celui-ci, avec les États membres, à faire avancer les travaux sur cette 'boussole', en utilisant l'ensemble de la boîte à outils de l'UE, « en vue de son adoption d'ici mars 2022 ».
Le Premier ministre portugais, António Costa, s’est montré satisfait de la proposition de M. Borrell. Selon lui, elle « constitue une base solide pour développer notre capacité de sécurité et de défense, en renforçant les synergies entre les dimensions civile et militaire et la base industrielle et technologique de défense européenne ». Pour le Letton Krišjānis Kariņš, cette boussole devra refléter à la fois la nécessité que l’UE se renforce et celle de travailler en étroite collaboration avec ses partenaires et l’OTAN.
Coopération internationale
En effet, si les Européens veulent renforcer leur autonomie stratégique, il n'est pas question pour autant d’abandonner la coopération avec l’Alliance, bien au contraire. « Un partenariat fort nécessite un partenaire fort. Une UE plus forte rend l’OTAN plus forte », a jugé le Président du Conseil européen, Charles Michel.
Pour le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, qui a participé à une partie des discussions, le renforcement de l’axe transatlantique inclut le renforcement de l’UE. « Au cours des dernières années, nous avons pu porter la coopération entre l'UE et l'OTAN à des niveaux sans précédent », a souligné M. Stoltenberg, qui se réjouit de continuer à travailler avec l'Union sur des questions telles que la résilience, la cybernétique et la lutte contre les effets du changement climatique. Selon une source européenne, lors de leur discussion, M. Stoltenberg et les dirigeants ont notamment discuté de la coopération UE-OTAN sur le renforcement des capacités, de la mobilité militaire, des menaces hybrides et en termes de cybersécurité et des défis dans le voisinage immédiat.
Dans leurs conclusions, les dirigeants se disent déterminés à coopérer étroitement avec l’OTAN - dans le plein respect des principes énoncés dans les traités et de ceux convenus par le Conseil européen -, et à renforcer le partenariat avec les Nations unies et les principaux partenaires régionaux. Ils mettent en avant la coopération avec la nouvelle administration américaine « sur un programme transatlantique fort et ambitieux qui comprend un dialogue étroit sur la sécurité et la défense ».
À l’issue de la réunion, le Premier ministre néerlandais a estimé qu’il était important pour l'UE de défendre ses intérêts dans le monde entier. « Pour ce faire, une coopération étroite avec l’OTAN et les États-Unis est essentielle », a-t-il expliqué.
Les dirigeants se sont engagés à revenir régulièrement sur les questions de sécurité et de défense au Conseil européen.
Voir les conclusions : https://bit.ly/3uxVmN7 (Camille-Cerise Gessant avec la rédaction)