Les ministres chargés de l’Économie ont échangé pour la première fois sur le livre blanc de la Commission européenne relatif à l’uniformisation, au sein du marché intérieur, des conditions de concurrence en matière de subventions étrangères (EUROPE 12508/1), vendredi 23 octobre, en présence de la vice-présidente exécutive de la Commission, Margrethe Vestager, et du commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton.
« Ce fut un débat plein de nuances », a commenté en conférence de presse la vice-présidente Vestager. Elle a rappelé à quel point le chemin était sinueux, entre nécessité de protéger les intérêts de l’UE et d’assurer une concurrence loyale avec des opérateurs économiques de pays tiers (surtout chinois et américains, sans les nommer), d’une part, et sans décourager les investissements directs, d’autre part, certains citant le risque d’un protectionnisme qui ne dirait pas son nom.
Les États membres avaient à s’exprimer sur trois modules : celui de la distorsion de la concurrence de manière générale (module 1), l’acquisition d’entreprises (module 2), et enfin, les marchés publics (3).
Les nuances sont restées celles bien connues. Les pays du Nord (pays scandinaves et baltes, avec là aussi des nuances entre ces derniers, l’Irlande, ou certains États membres à l’Est) veulent préserver une économie ouverte. La France, l’Italie et la Pologne sont enclines à une protection stratégique de leurs intérêts économiques. D'autres États membres, comme la Belgique, auraient exprimé une position à équidistance des deux positions précitées. La plupart des délégations ont insisté sur la nécessité de ne pas ajouter des lourdeurs administratives.
Toutefois, cette première discussion au niveau ministériel aurait permis de montrer des « mouvements » chez certains États membres, qui auraient été peu envisageables il y a cinq ans, notamment parmi les pays scandinaves, nous dit-on.
Le deuxième point de discussion portait sur les innovations structurantes pour l’économie européenne dans la décennie qui vient. Selon le commissaire Breton et le ministre fédéral allemand de l’Économie et de l’Énergie, Peter Altmaier, la question de l’hydrogène, les données numériques (notamment industrielles) ou encore la connectivité ont été les innovations les plus récurremment citées.
Ici, le rôle clé des projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC) a été souligné. Mais plusieurs États membres auraient insisté sur la nécessité que ces projets soient plus inclusifs, c’est-à-dire accessibles aux PME, tout comme aux « petits » États membres, notamment de l'Est (qui attendent beaucoup des transferts technologiques). (Pascal Hansens)