L’UE et la communauté internationale ont adressé, mardi 30 juin, un message de soutien aux Syriens victimes d’une grave crise humanitaire persistante et aux pays hôtes des réfugiés syriens, ainsi qu’un message politique aux participants au conflit pour qu’ils s’engagent en faveur d’une solution politique globale.
Joignant le geste à la parole, les donateurs ont promis 6,9 milliards € (7,7 milliards de dollars US), dont 4,9 milliards € (5,5 milliards de dollars) pour 2020 et 2 milliards € (2,2 milliards de dollars) pour 2021 et au-delà. À cela s'ajoutent des prêts des institutions financières à des taux préférentiels pour 6 milliards € (6,7 milliards de dollars), lors du segment ministériel de la conférence internationale de soutien à l’avenir de la Syrie et de la région (Bruxelles IV), coorganisée par l’UE et les Nations Unies avec la participation de 80 pays et organisations régionales et internationales (EUROPE 12515/15). À elle seule, l'UE contribuera à hauteur de 2,3 milliards d'euros pour 2020 et 2021, dont 560 millions pour 2021 et 700 millions d'euros d'assistance macrofinancière. Les États membres de l'UE, eux, ont promis 2,6 milliards d'euros.
Le commissaire européen à la Gestion des crises, Janez Lenarčič, s'est félicité de cette solidarité exprimée en « engagements concrets qui feront la différence pour des millions de personnes ». Il a souligné que cette générosité s'exerçait par des temps difficiles, puisque la Covid-19 accroît considérablement les besoins humanitaires dans le monde et la pression sur les économies des pays donateurs.
Évoquant « une grande catastrophe : un million de vies perdues, 6 millions de réfugiés, plus de 6 millions de personnes déplacées, une génération entière pour laquelle la guerre est le quotidien (et) des besoins humanitaires (qui) demeurent énormes », le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, à l'entame de la conférence, avait rendu hommage à la solidarité dont font preuve la Turquie, le Liban, la Jordanie, l'Égypte et l'Irak, qui accueillent des millions de réfugiés et avait insisté sur la nécessité de les soutenir.
Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordinateur des secours d'urgence des Nations Unies, Mark Lowcock, a chiffré les besoins de UNOCHA cette année à 6 milliards de dollars pour le programme de résilience des réfugiés et à 3 milliards de dollars pour l'aide humanitaire.
Soutenu par de nombreuses délégations, le représentant onusien a appelé au renouvellement de la résolution 2504 du Conseil de sécurité sur l’aide humanitaire transfrontalière, qui prend fin le 10 juillet. « L'autorisation doit être rétablie pour que les Nations Unies puissent passer la frontière au nord-est de la Syrie au point de passage d'al-Yarubiya », a ajouté de son côté M. Jeffrey.
M. Lowcock a également appelé la communauté internationale à porter davantage attention aux enfants en Syrie, « une génération privée d'éducation ». 3 millions d'enfants dans le pays sont privés d'école et 2 millions à l'extérieur de la Syrie bénéficient d'un peu de scolarité (some schooling). 56% des réfugiés syriens au Liban vont à l'école et ils sont 100% à être scolarisés en Égypte, avait souligné le Haut commissaire des Nations Unies aux Réfugiés, Filippo Grandi. La situation des réfugiés s'est aussi aggravée avec la pandémie de Covid-19. Selon M. Grandi, « 50% des réfugiés qui avaient un emploi l'ont perdu ».
Au-delà de l'aide financière, M. Grandi a appelé la communauté internationale à remplir ses engagements concernant la réinstallation des réfugiés. M. Grandi a ainsi fait observer que les chiffres de réinstallation des réfugiés syriens en Europe n'avaient cessé de baisser. De 50 000 en 2016, le nombre de ces réfugiés réinstallés a diminué de moitié en 2019. « Et cette année, le chiffre est encore plus bas », a-t-il souligné. « La pression dans les pays hôtes est encore très importante. J’appelle les donateurs à partager cette responsabilité », a-t-il déclaré, en rappelant que le Liban est confronté à une grave crise économique et financière.
Soutien international au processus politique
Cette quatrième conférence a de nouveau été l’occasion d’appeler à une solution politique pour la Syrie et de demander à toutes les parties de coopérer pleinement avec l'envoyé spécial des Nations Unies, Geir Pedersen, afin que la troisième réunion de la commission constitutionnelle puisse commencer sans plus tarder. « Il est temps de débloquer les pourparlers de Genève, il est temps de forger une solution politique et d'apporter une paix inclusive à la Syrie », a résumé M. Borrell. La seule voie vers une paix durable passe par des négociations intrasyriennes menées par les Nations Unies à Genève « et non par des opérations militaires », a-t-il rappelé.
Le Haut Représentant s’en est directement pris au régime de Bachar al-Assad. Ce dernier doit comprendre qu'il doit s'engager réellement dans des négociations politiques, a souligné M. Borrell. « Ce n'est qu'après avoir changé de comportement, mis fin à la répression contre son propre peuple et s'être engagé dans le processus politique que nous pourrons commencer à parler de normalisation », a-t-il prévenu. Pour le représentant américain, James Jeffrey, la communauté internationale doit rester « ferme » et insister sur le fait qu’il n’y aura pas de normalisation politique ou économique avec le régime tant qu’il n’y aura pas de solution politique au conflit en cours conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies.
Revenant sur les critiques selon lesquelles les sanctions européennes auraient des conséquences négatives sur la population, M. Borrell a estimé que celles-ci ne devaient pas être tenues pour responsables de l’état désastreux de l’économie syrienne et des difficultés rencontrées par les citoyens syriens ordinaires. « Les sanctions de l'UE ne visent pas la population civile. Il n'y a pas de sanctions sur l'aide humanitaire ou sur les fournitures médicales. Nos sanctions visent ceux qui oppriment le peuple syrien, qui bombardent les établissements de santé et les écoles et qui utilisent des armes chimiques », a-t-il rappelé.
Voir la déclaration des coprésidents publiée à l'issue de la conférence : https://bit.ly/3eOgZkb (Aminata Niang et Camille-Cerise Gessant)