Les présidents de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, du Conseil européen, Charles Michel, et de la Corée du Sud, Moon Jae-in, s’entretiendront, mardi 30 juin, sur la pandémie de Covid-19 et la coordination de leurs efforts de reprise respectifs, la relation bilatérale UE/Corée du Sud et la politique étrangère. Ce sommet sera le premier avec la nouvelle administration européenne et devrait permettre « de renforcer davantage le partenariat entre l'UE et Séoul », selon une source européenne.
La réponse à la pandémie de Covid-19 devrait être au cœur de la visioconférence, qui ne devrait durer qu’une heure. Les dirigeants discuteront des enseignements tirés de la gestion de la pandémie, de l’amélioration de la coopération pour atténuer les effets de la crise et encore des mesures concrètes à prendre pour renforcer la résilience au niveau mondial.
Ainsi, la réunion devrait permettre de partager les expériences européennes et sud-coréennes face à la pandémie, de s’entretenir sur le renforcement des capacités de réaction, l'amélioration du partage d'informations et sur la lutte contre la désinformation.
Les présidents discuteront aussi de l'approfondissement de la coopération en matière de recherche et de développement de vaccins et de médicaments pour répondre aux maladies infectieuses émergentes et devraient rappeler leur soutien à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « La Corée du Sud a assez bien réussi à contrer le virus. C'est un bon partenaire pour renforcer la coopération dans le secteur de la santé et travailler étroitement à l'OMS », a expliqué une source européenne.
Les dirigeants devraient discuter de la relance post-Covid 19, que l’UE souhaite fondée sur la transition verte et la transformation numérique. Les deux parties devraient aussi discuter des possibilités d'accélérer la transition vers la neutralité climatique. Des éléments cruciaux pour l'UE, dans la perspective de garantir à ses opérateurs économiques un « commerce libre et équitable », a souligné cette même source.
Les trois présidents reviendront également sur la coopération bilatérale.
Les parties célèbrent cette année dix ans de Partenariat stratégique, lequel s’est étoffé récemment encore d’un nouvel accord horizontal dans le domaine de l’aviation, signé le 25 juin 2020. Cet accord permet à toute compagnie aérienne de l'UE de se rendre en Corée à partir des Vingt-Sept pays européens.
La Corée du Sud est l'un des quatre partenaires stratégiques de l’UE en Asie (avec la Chine, l’Inde et le Japon). La réunion pourrait notamment être l’occasion d’étudier les possibilités de renforcer la coopération en matière de recherche et d’innovation, y compris le lancement d’un dialogue de haut niveau sur l’économie numérique. Selon le Conseil, les dirigeants pourraient également exprimer leur volonté de promouvoir la connectivité sur la base des principes de durabilité, d'ouverture, d'intégration et d'égalité des conditions de concurrence.
Relation économique
L’accord de libre-échange entre l’UE et la Corée soufflera ses neuf bougies le 1er juillet.
Ces échanges commerciaux se spécialisent dans des secteurs à forte valeur ajoutée et à forte intensité technologique, tels que les machines et équipements de transport, équipements de télécommunications ou les produits chimiques. Les échanges de services sont également en pleine croissance, l’UE enregistrant pour ce poste 5,6 milliards d'euros d'exportations en 2017, d’après des chiffres de la Commission. Enfin, l'UE est le plus grand investisseur de la République de Corée.
Quelques éléments de dissension tenaces sont à souligner ici.
L’importation en Corée de produits agricoles européens fait face à des restrictions injustifiées, selon l’UE. C’est le cas de la viande bovine européenne, longtemps prohibée en raison de risques liés à l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). La question a été soulevée à différents niveaux, au Comité SPS de l'OMC, mais aussi par le commissaire au Commerce, Phil Hogan, avec son homologue coréen, pour faire pression afin que soit abolie cette barrière au commerce. La France et l’Irlande espèrent donc obtenir bientôt gain de cause alors que les exportations de bœuf danois et néerlandais sont désormais commercialisées sur le sol coréen depuis août 2019.
La Corée impose aussi des interdictions aux États membres en raison de la peste porcine africaine – malgré son propre statut sanitaire similaire à celui des États membres dont les importations sont suspendues. D’autres produits rencontrent également des barrières techniques (produits pharmaceutiques), difficultés de certification, infractions à la propriété intellectuelle ou vérifications douanières des règles d'origine avec volonté de sanctions (voitures, notamment).
Autre sujet de tension dans la mise en œuvre de cet accord de libre-échange, les problèmes d’infractions coréennes aux droits des travailleurs, notamment quant à la liberté syndicale. Des progrès récents ont été observés, d’après une source européenne (EUROPE 12290/13). Un panel a été créé fin décembre 2019 et il devrait remettre son rapport à l’automne, a appris EUROPE (EUROPE 12395/20).
Engagement multilatéral
Enfin, les dirigeants devraient discuter des questions internationales et régionales, en particulier de la situation dans la péninsule coréenne. Mi-juin, Pyongyang a démoli le bureau de liaison intercoréen et décidé de rompre les liens de communication officiels avec Séoul (EUROPE 12508/38).
Européens et Sud-coréens devraient enfin réaffirmer leur engagement en faveur d'un ordre international fondé sur des règles, du multilatéralisme, notamment dans le cadre de la réponse aux défis posés par la Covid-19, et de l'État de droit. (Hermine Donceel et Camille-Cerise Gessant)