Les services de la Commission ont progressé dans la préparation de la stratégie pour la biodiversité 2030 de l’Union européenne, dont la présentation est toujours programmée pour le 25 mars. Selon une nouvelle mouture du texte, peu de choses ont changé par rapport à la version vue par EUROPE en février (EUROPE 12422/1), si ce n’est des exigences plus grandes à l’égard de l’agriculture et une dramatisation de l’enjeu.
Cette stratégie, prévue par le cadre du Pacte vert européen, se veut ambitieuse pour apporter à la crise de la biodiversité une réponse urgente, comme l’est celle de la crise climatique. « Nous sommes face à une crise existentielle, écologique et climatique urgente, d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité », précise en effet le projet de communication.
Mais si l’UE compte donner l’exemple à la conférence COP15 sur la biodiversité biologique (Kunming, octobre 2020), la Commission entend néanmoins aligner ses objectifs sur ceux de cette conférence onusienne internationale.
Ainsi, le projet de texte ambitionne la restauration d’au moins 30% des écosystèmes terrestres et marins de l'UE (les deux figurent dans le texte, sans crochets) et « conformément aux propositions faites à la COP15 ».
Cet objectif sera notamment atteint par le réseau paneuropéen Natura 2000 et par des mesures de conservation efficaces dans le réseau des zones protégées, qu’il conviendra d’étendre, sur la base d’une cartographie des écosystèmes et des services qu’ils livrent, précise le projet.
Pour accélérer les activités de restauration de la nature, la Commission prévoit un plan spécifique par lequel l’UE s’engagerait à restaurer une part significative d’écosystèmes dégradés et d’écosystèmes riches en carbone, non seulement dans les zones terrestres et marines, mais aussi dans les environnements urbains. C’est là une nouveauté. Au total, au moins un tiers du réseau couvrira des habitats très riches en biodiversité ou d'une grande valeur potentielle dans ce domaine.
En matière d’écosystèmes forestiers, la Commission se dit déterminée à utiliser les forêts comme puits de carbone pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Elle envisage un plan d’afforestation avec des millions d’arbres à planter (le chiffre reste à déterminer). Il conviendra aussi de définir, cartographier et protéger strictement toutes les forêts primaires existantes.
Une réduction de 50% de l'utilisation des pesticides ? En agriculture, la Commission envisagerait un engagement de l'UE visant à garantir qu’au moins 30% des terres agricoles soient dédiés à l’agriculture biologique, mais ce pourcentage doit encore être arbitré, et que 10% des terres agricoles soient transformées en zones non productives et en paysages.
La Commission prévoit d’adopter un plan d’action pour l’agriculture biologique qui comprendra notamment des mesures pour stimuler la demande en produits bio, y compris au moyen de marchés publics.
Le projet précise que la stratégie 'de la ferme à la table', qui devrait elle aussi être présentée le 25 mars (EUROPE 12436/6), s’attaquera à la réduction de l’utilisation et des risques des pesticides, y compris par le biais de mesures législatives dans le cadre de la réforme de la PAC. La Commission envisage une réduction de 50% (et non plus de 30%), mais le chiffre figure toujours entre crochets.
Le WWF fustige un manque de transparence. L'organisation WWF, qui avait introduit une demande d’accès aux documents auprès de la Commission pour pouvoir consulter l’évaluation qu’elle a faite des impacts de la PAC sur la nature, était toujours en attente, vendredi 13 mars, de voir sa demande satisfaite, alors que la date butoir pour ce faire était le même jour. Elle juge cette étude cruciale dans la perspective de la stratégie 'de la ferme à la table'.
« En retenant ce document sur une évaluation qui a été achevée il y a plusieurs mois, la Commission transforme une fois de plus une évaluation technique en un jeu politique », a déploré l’ONG. À l’heure où nous mettions sous presse, le WWF n’avait toujours pas obtenu satisfaction. (Aminata Niang)