Moins d’une semaine après le Conseil européen (EUROPE 12431/2), les chefs des diplomaties de 14 États membres de l’UE ont appelé, mercredi 26 février, le régime syrien et ses soutiens, « notamment russes », à la cessation immédiate des hostilités et au respect de leurs obligations au titre du droit international humanitaire.
« À Idlib, se joue une nouvelle catastrophe humanitaire, l’une des pires » de la crise syrienne, dénoncent, dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, les ministres des Affaires étrangères allemand, belge, danois, espagnol, estonien, finlandais, français, irlandais, italien, lituanien, néerlandais, polonais, portugais et suédois.
« Les Nations unies ont mis en garde contre le risque d’une crise humanitaire sans précédent si l’offensive en cours se poursuit », préviennent-ils, rappelant qu’« au mépris du droit international humanitaire », les frappes visaient « délibérément » des hôpitaux et des centres de santé, des écoles et des abris. Selon les Nations unies, 298 civils ont été tués à Idlib depuis le 1er janvier.
« Parfaitement lucides » sur la présence de « groupes radicaux » à Idlib et rappelant qu’ils ne prendront jamais « à la légère » le terrorisme, les ministres soulignent que la lutte contre ce fléau « ne peut pas, ne doit pas justifier les violations massives du droit international humanitaire auxquelles nous assistons chaque jour dans le nord-ouest de la Syrie ».
Les chefs des diplomaties s’adressent directement à la Russie en lui demandant de poursuivre les négociations avec la Turquie afin d’aboutir à une désescalade à Idlib et de contribuer à une solution politique. Moscou ne doit pas empêcher, dans les prochains mois, le renouvellement par le Conseil de sécurité de l'ONU du mécanisme permettant d’acheminer vers le Nord-Ouest syrien une aide humanitaire transfrontalière dont la région a cruellement besoin, ajoutent-ils.
Les ministres plaident une nouvelle fois pour une solution politique négociée. La reconquête militaire en cours est « en trompe-l’œil », estiment les ministres, expliquant que « les mêmes causes produiront les mêmes effets : la radicalisation, l’instabilité en Syrie et dans la région, l’exil, dans un pays dont plus de la moitié de la population est déplacée ou réfugiée ».
Au-delà des mots, les représentants des 14 États membres soulignent que « face à la tragédie en cours, les Européens prennent leurs responsabilités ». En plus de l’aspect humanitaire, l’UE continue d’exercer des pressions sur le régime pour qu’il s’engage véritablement dans le processus politique (EUROPE 12427/32). « Notre responsabilité, c’est aussi de lutter contre l’impunité pour les crimes commis en Syrie. C’est une question de principe et de justice », ajoutent les ministres, annonçant qu’ils entendent poursuivre leur soutien aux mécanismes de lutte contre l’impunité des Nations unies et leur travail en faveur d’une saisine de la Cour pénale internationale. « Nous maintiendrons notre engagement, notamment dans le cadre de nos juridictions nationales, pour que les crimes commis en Syrie ne restent pas impunis », préviennent-ils. (Camille-Cerise Gessant)