login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12415
POLITIQUES SECTORIELLES / Énergie

Plutôt que de réduire ses émissions de carbone, l’UE risque de les délocaliser, s’inquiète un rapport de Sandbag

En raison de la mise en place du système d’échange de quotas d’émission (SEQE) de l’Union européenne, certains États membres importent de plus en plus d’électricité produite par des centrales au charbon situées dans des pays voisins de l’UE, délocalisant ainsi leurs émissions de carbone, s’alarme un nouveau rapport de Sandbag, publié le mercredi 29 janvier.

Pour ce cercle de réflexion spécialisé dans les questions climatiques, on assiste ainsi à une fuite du carbone dont la poursuite « compromettra la réduction des émissions de l’UE et encouragera l’utilisation du charbon dans les pays voisins, qui deviendront des ‘paradis carbone offshore’ ».

Selon le rapport, les importations nettes d’électricité sont passées de 3TWh en 2017 à 21TWh en 2019. Toutes les importations proviennent de pays où la tarification du carbone est nulle ou quasi nulle, tels que la Turquie, l’Ukraine, le Maroc et les Balkans occidentaux.

Alors que l’électricité importée a émis 26 millions de tonnes de CO2, produire le même volume d’électricité dans les États membres importateurs de l’UE aurait permis d’émettre 11 millions de tonnes de moins, car leurs réseaux électriques émettent en moyenne moins de carbone, indique également le document.

En plus d’augmenter les émissions de CO2, cette fuite du carbone représente un manque à gagner pour l’UE. Si elles avaient été couvertes par le SEQE, les importations brutes d’électricité de l'année 2019 auraient ainsi généré des revenus de 630 millions d’euros.

En outre, le rapport craint que cette hausse des importations d’« électricité détaxée » provenant du charbon se renforce à l’avenir, en l'absence de mesures adéquates au niveau de l'UE.

« Il est prévu d’augmenter de 31% la capacité d’interconnexion entre les pays de l’UE et les pays tiers, ce qui exposera davantage les marchés de l’électricité de l’UE aux importations », s’inquiètent notamment les auteurs du rapport. Et d’ajouter : « 15% de cette expansion se fera dans les Balkans occidentaux, qui abritent les centrales électriques les plus polluantes d’Europe ».

Le rapport indique également que de nouvelles centrales au charbon – avec une capacité allant jusqu’à 57 GW – sont prévues ou déjà en cours de construction dans des pays connectés ou prochainement connectés aux réseaux électriques de l’UE. C’est le cas en Turquie (34 GW), en Égypte (11 GW), en Bosnie-Herzégovine (4 GW) et en Serbie (2 GW).

Au vu de tous ces éléments, Sandbag appelle l’UE à appliquer un prix du carbone sur les importations d’électricité. 

Selon ce cercle de réflexion, un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (ACF) appliqué à l’électricité présenterait deux avantages majeurs. Cela permettrait non seulement de défendre l’intégrité de la politique climatique de l’UE en empêchant la délocalisation des émissions du secteur de l’électricité, mais inciterait également les États voisins à décarboner et/ou à aligner leurs politiques climatiques, accélérant ainsi la diffusion de la tarification du carbone.

En outre, Sandbag estime que la mise en place d'un tel mécanisme serait plus facile dans le cas de l’électricité que pour d'autres produits, car les flux d’électricité transparents et la chaîne de production relativement simple permettent de suivre les émissions de carbone. 

Pour consulter le rapport (en anglais) : https://bit.ly/2ObA7Nv (Damien Genicot)

Sommaire

POLITIQUES SECTORIELLES
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
INSTITUTIONNEL
ACTION EXTÉRIEURE
COUR DE JUSTICE DE L'UE
CONSEIL DE L'EUROPE
BRÈVES