La Commission européenne va se mettre en contact avec les autorités grecques pour leur demander des explications quant au projet de barrières flottantes entre la Turquie et les îles de la mer Égée pour empêcher les migrants d’arriver en Grèce.
« Nous allons contacter les autorités grecques pour mieux comprendre quel est l’objectif de ces barrières ; ce n’est pas clair pour nous à ce stade », a réagi Adalbert Jahnz, le porte-parole de la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson.
Le gouvernement grec a annoncé, mercredi 29 janvier, qu’il comptait lancer un projet pilote de barrières flottantes ou système de protection flottant pour lequel il a lancé un appel d’offres. Une phase de test est en cours. « Nous voulons voir si cela fonctionne et où un tel dispositif peut être mis en œuvre », a expliqué le ministre grec de la Défense, Nikos Panagiotopoulos, le 30 janvier.
À première vue, a dit le porte-parole, ériger des barrières n'est pas une pratique contraire au droit de l'UE, si cela « n'empêche pas de déposer une demande d'asile» et ne constitue donc pas un « refoulement ».
« Insomnies »
Cette annonce intervient au lendemain d’un débat au PE au cours duquel la commissaire européenne et les élus ont à nouveau condamné les conditions de vie des migrants dans les îles grecques de la mer Égée, où, à ce jour, 40 000 personnes sont entassées dans des camps surpeuplés.
La commissaire a dit en avoir « des insomnies ». Elle a jugé « inacceptable » que des femmes, des enfants, des personnes âgées puissent vivre dans de telles conditions.
À cet effet, elle a loué les annonces du nouveau gouvernement grec, qui a prévu de transférer des mineurs non accompagnés vers le continent et de créer des centres plus conformes sur les îles.
« Est-ce assez ? Non, on doit faire plus », a ajouté la commissaire.
Selon Nikolina Brnjac, secrétaire d’État croate aux relations avec le PE, avec 69 000 arrivées de migrants en Grèce en 2019 (par la mer Égée), « c’est la première fois » que de tels chiffres sont atteints depuis l’accord UE-Turquie de mars 2016.
Incident avec la Turquie
Le sujet de la Turquie a d’ailleurs fait l’objet d’un incident lors du débat, lorsque le député grec Ioannis Lagos (NI) a accusé la Turquie d’« inonder » l’Europe de migrants, ajoutant que « le drapeau turc est plein de sang », avant de déchirer une représentation du drapeau turc. « Il faut dire : dehors les Turcs ! », a ajouté cet ancien membre d’Aube dorée, parti d’extrême droite grec néonazi.
Ankara a exprimé sa colère par la voix du ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu. « Les mentalités racistes savent comment nous brisons les doigts qui s'approchent de notre drapeau (...) Que les enfants gâtés de l'Europe apprennent à se tenir à leur place. L'Europe doit dire 'stop' à l'hostilité envers l'Islam », a-t-il déclaré sur Twitter.
« Nous attendons du Parlement européen qu'il fasse le nécessaire au sujet de ce clown », a ajouté M. Cavusoglu. (Solenn Paulic)