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Bulletin Quotidien Europe N° 12414
POLITIQUES SECTORIELLES / PÊche

Si le Royaume-Uni refuse à l'UE un bon accord sur la pêche, il n'obtiendra pas un bon accord commercial, selon le président de l’European Fisheries Alliance

Le droit automatique des navires de l'UE de pêcher dans les eaux britanniques, qui est prévu par les règles de la politique commune de la pêche (PCP), sera supprimé en vertu du ‘projet de loi sur la pêche’ (Fisheries Bill), introduit au Parlement britannique mercredi 29 janvier. Nous avons posé des questions à Gerard van Balsfoort, président de l’European Fisheries Alliance (EUFA), à propos des négociations qui s’annoncent ardues entre l’UE et le Royaume-Uni sur la pêche (propos recueillis par Lionel Changeur).

Agence Europe : Pensez-vous qu'un accord entre l'UE et le Royaume-Uni sur la pêche puisse être conclu d'ici la fin de l'année ?

Gerard van Balsfoort : Les négociations ne commenceront pas avant le 1er mars. Le mandat de négociation devrait être approuvé le 25 février par le Conseil européen. Sur la base de ce mandat, Michel Barnier commencera à négocier avec le Royaume-Uni.

La déclaration politique signée par l'UE et Boris Johnson stipule que les parties veulent parvenir à un accord sur la pêche avant le 1er juillet 2020. Si vous commencez à négocier en mars, cette échéance semble très ambitieuse pour parvenir à un accord sur un sujet aussi difficile. Il n'est pas obligatoire de parvenir à un accord le 1er juillet. Toutefois, à la fin de l'année, il doit y avoir un accord global sur tout (commerce, sécurité, aviation, pêche également).

L'important est qu'ils ne négocient pas séparément sur la pêche. Selon le mandat, les négociations sur la pêche seront liées aux négociations commerciales. Phil Hogan et Leo Varadkar ont dit aux autorités britanniques que, si elles n’accordent pas un bon accord sur la pêche, le Royaume-Uni n’aura pas accès à l'UE pour ses services financiers, par exemple. Je pense donc qu'en fin de compte, les négociations auront lieu sur les différentes questions jusqu'à la fin de l'année, mais j’estime vraiment ambitieux l’objectif d’avoir un accord global à la fin de l'année.

La pêche fera donc partie des négociations globales. Si les Britanniques ne nous accordent pas un bon accord de pêche, ils n’obtiendront pas un bon accord pour eux sur le volet commercial.

Quelles sont vos attentes dans le cadre de ces négociations ?

Nous voulons maintenir notre accès aux eaux britanniques, car, en moyenne, 42% des captures de la flotte européenne sont effectuées dans les eaux britanniques. Et nous ne voulons pas d'un débat ardu sur la répartition des quotas de pêche. Nous souhaitons conserver nos parts de quotas existantes. Nous disposons déjà d'une allocation de quotas par État membre. Le Royaume-Uni veut une part plus importante, alors que la part est de la même taille.

Pensez-vous que la ‘stabilité relative’ va changer ?

Je ne pense pas, même si le Royaume-Uni veut la modifier. Si vous liez la pêche à d'autres sujets qui intéressent les Britanniques, nous avons de bonnes chances que cela ne change pas. Les négociations seront très difficiles, car Boris Johnson a promis de grands changements au bénéfice du secteur britannique de la pêche.

Comment le marché va-t-il évoluer ?

Le Royaume-Uni est totalement dépendant du marché de l'UE. 80% de ses captures de poissons et produits de la mer sont exportés et une grande majorité d'entre elles sont destinées à l'UE. Il n'est pas facile de trouver d’autres marchés en Chine ou en Amérique, par exemple. Les pêcheurs britanniques veulent le Brexit, mais le Brexit inquiète beaucoup les transformateurs et les commerçants britanniques. S'ils ne peuvent pas vendre leurs coquilles Saint-Jacques ou leurs langoustines aux pays de l'UE, ils risquent d’avoir des problèmes. Au sein du secteur de la pêche britannique, les avis sont partagés. J'espère vraiment que Michel Barnier a la main forte. Mais ce sera difficile.

Quelle forme pourrait revêtir le futur accord de pêche avec le Royaume-Uni ?

Le gouvernement britannique et le secteur de la pêche font toujours référence à l'accord de pêche UE/Norvège et aux négociations annuelles sur l'accès et les parts de quotas. Mais ce n'est pas vrai, c'est un non-sens : l'UE négocie chaque année avec la Norvège, mais uniquement sur le nombre total de poissons pouvant être pêchés, jamais sur la quantité de poissons que l'UE et la Norvège obtiennent. Cette répartition a été réalisée une seule fois, il y a 35 ans, puis cela a été gravé dans le marbre et n'a jamais fait l'objet de discussions.

J'espère que, dans le cadre de l’accord avec le Royaume-Uni, nous devrons discuter chaque année entre la Norvège, le Royaume-Uni et l'UE pour les stocks que nous partageons entre nous trois. Et pour les stocks partagés entre l'UE et le Royaume-Uni, nous devons discuter chaque année de la quantité que nous pouvons pêcher à la lumière des nouveaux avis scientifiques et décider que telle part des prises de cabillaud, par exemple, est attribuée au Royaume-Uni et telle part revient à l'UE, dans le respect de la stabilité relative actuelle.

Il faut éviter de nous battre chaque année pour savoir de combien le Royaume-Uni souhaiterait augmenter sa part pour l'un ou l'autre stock. Car cela pourrait en outre être compliqué sur le plan interne lorsque l'UE devra décider des TAC et des quotas annuels.

Craignez-vous une fermeture de l'accès aux eaux britanniques à partir du 1er janvier 2021 en cas de non-accord ?

Boris Johnson a rendu juridiquement impossible la prolongation de la période transitoire. Il doit pour cela retourner au Parlement britannique. Avec ce calendrier très ambitieux, nous avons entre mars et octobre pour tout négocier. S'il n'y a pas de prolongation de la période de transition et pas d'accord, nous serons dans une situation de non-accord et, sur la base du nouveau ‘projet de loi’ sur la pêche, Boris Johnson pourra fermer l'accès aux eaux britanniques. C'est ce que nous voulons éviter. 

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