C’est dans un climat particulièrement chargé en émotions, négatives comme positives, ponctué de pleurs et de la chanson écossaise 'Auld Lang Syne' ('Ce n'est qu'un au revoir') que les eurodéputés ont donné, dans la soirée de mercredi 29 janvier à Bruxelles, le feu vert final à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.
Appelés à ratifier l’accord sur un retrait qui permettra la sortie ordonnée du pays ce 31 janvier à minuit, ils se sont prononcés massivement en faveur de l'accord par 621 voix contre 49 et 13 abstentions.
Une partie des élus britanniques ont voté contre, convaincus que le pays fait une « erreur historique », comme l’ont dit de nombreux élus lors du débat ayant précédé le vote. Les élus travaillistes (Labour) ou Verts/ALE avaient ainsi prévu de rejeter ce texte, manifestant leur refus du Brexit.
Une fois n’est pas coutume, le Brexit Party de Nigel Farage a offert un vote positif. Pour Nigel Farage, cette dernière journée de vote avec ses collègues européens avait des allures de fête. « Nous ne reviendrons jamais », a lancé le député britannique, brandissant avec joie l’Union Jack.
Mais c’est la tristesse qui dominait parmi les députés britanniques. Après une série d’événements organisés ces derniers jours (voir EUROPE 12414/2 et 12414/3), ces élus sur le départ ont pris pour une des dernières fois la parole en plénière.
La députée Molly Scott Cato (Verts/ALE) a été longuement applaudie quand elle s’est dite convaincue qu’elle « reviendrait un jour » au Parlement européen.
S’il n’est pas encore le moment de « lancer une campagne pour réadhérer à l’UE », il faut lancer le combat pour « contrer tout le récit » qui a été fait outre-Manche pour alimenter le Brexit et qui consistait à « rejeter la faute sur l’UE ».
Le député Richard Corbett, figure du Labour au PE depuis plusieurs mandatures, a dit pour sa part son regret que Boris Johnson n’ait pas consulté à nouveau les électeurs britanniques par référendum. Son collègue Lib Dem Martin Horwood (Renew Europe) a assuré en plusieurs langues de l’UE : « nous serons de retour ».
Certains élus ont aussi rendu hommage à la députée du Labour Jo Cox, tuée pendant sa campagne 'pro-remain' en juin 2016.
À l’issue du vote, le président du PE, David Sassoli, a signé formellement l’accord de retrait et devait ensuite formaliser cette ratification dans une lettre au Conseil de l’UE. Il a exprimé à nouveau la « gratitude » des parlementaires envers les élus britanniques, qui, au fil des décennies, « ont enrichi notre institution ». « Vous nous manquerez », a-t-il ajouté.
Un peu plus tôt, c’est la présidente de la Commission elle-même, Ursula von der Leyen, qui avait repris à son compte les mots de la poétesse britannique George Eliot : « Ce n'est que dans l'agonie de la douleur que nous examinons les profondeurs de l'Europe. Nous t'aimerons toujours et nous ne serons jamais loin », a-t-elle repris.
Pour Michel Barnier, le négociateur en chef dans les futures négociations, « nous regretterons toujours » ce vote du 23 juin 2016. Cependant, pour les deux responsables, c’est une autre page qui s’ouvre. La présidente souhaite ainsi que « le Royaume-Uni et l’UE restent de bons amis », car ils auront beaucoup de défis communs à relever, comme le « changement climatique ».
Mais la réalité a vite rattrapé le débat et Mme von der Leyen a rappelé que le Royaume-Uni ne pourrait avoir un accès généreux au marché unique que s’il souhaite se rapprocher des standards européens. Elle a notamment mis Londres en garde contre le fait d’« exposer nos entreprises à une concurrence déloyale ».
Pour Manfred Weber, chef du groupe PPE, maintenant, il ne faudra « pas permettre que l’UE soit mise sous pression pour signer un accord à la hâte ». Il n’y « aura pas d’Europe à la carte », a-t-il indiqué.
Beaucoup d’élus ont aussi appelé l'UE a tirer les leçons de ce départ et à y trouver une contribution positive pour ses citoyens.
Si « vous pensez que ce sera l’affaiblissement de l’Europe, vous avez tort », a dit la Française Nathalie Loiseau pour le groupe Renew Europe. Quant à l'Espagnole Iratxe García Pérez (S&D), elle a estimé qu'il est important de continuer à développer l’UE, qui est « beaucoup plus qu’un marché », puisqu'elle est « un espace de droit et de progrès social ». (Solenn Paulic)