Au lendemain du sommet de New York sur le climat, les ministres européens de l'Environnement, réunis vendredi 4 octobre à Luxembourg, ont exprimé leur profonde préoccupation face aux incidences négatives croissantes du changement climatique et se sont dits conscients des appels pressants de la société civile et des jeunes à l'action et à l'ambition.
Les conclusions qu'ils ont adoptées en vue de la 25e conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (Santiago du Chili, 2-13 décembre) insistent sur l'importance de renforcer l'action climatique mondiale et fixent les priorités et objectifs de l'UE pour ce rendez-vous international.
« Nous voulons adresser un message fort et équilibré au reste du monde concernant nos actions climatiques et nos ambitions climatiques pour que la COP25 soit un succès et conduise à des résultats concrets », a souligné la ministre finlandaise à l'Environnement et au Climat, Krista Mikkonen, qui a présidé la session.
La formulation d'un paragraphe sur la manière dont l'UE formulera sa contribution (NDC) à transmettre en 2020 à l'ONU a mobilisé les ministres tout au long de la journée.
« Si nous sommes tous mécontents, c'est le signe que c'est un bon compromis », a déclaré Mme Mikkonen quand fut enfin trouvé un consensus.
Plusieurs tentatives de compromis ont été nécessaires pour finalement décider que l'UE mettra à jour (update) son objectif 2030 (actuellement une réduction d'émissions d'au moins 40% par rapport à 1990) et le communiquera en 2020 à l'UNFCCC.
Une rude bataille s'était engagée qu'ont perdue les pays les plus ambitieux (Danemark, France, Irlande, Italie, Lettonie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Slovaquie, Slovénie, Espagne, Suède et Royaume-Uni), lesquels voulaient absolument que les conclusions parlent de renforcer (enhance) l'objectif. Dix pays (Bulgarie, Croatie, Estonie, Grèce, Hongrie, Lituanie, Malte, Pologne, République tchèque et Roumanie) se sont montrés intransigeants.
Ils voulaient s'en tenir strictement aux dispositions de l'Accord de Paris et aux conclusions du Conseil européen du 20 juin, sans préjuger de l'issue des discussions en cours sur les moyens de s'engager sur la neutralité climatique
La Hongrie a souligné que l'UE a le cadre le plus ambitieux pour 2030 et que la mise à jour des NDC sera discutée à la COP 26. Pour la République tchèque, relever l'objectif 2030 nécessiterait une décision du Conseil qui n'a jamais été prise et « l'on ne sait même pas si 40% seront atteints, puisque les États membres sont en cours de finalisation de leurs plans nationaux ».
Le texte mentionne l'importance de fonder les efforts mondiaux sur la science et fait finalement mention du rapport du GIEC sur l'objectif de 1,5° de réchauffement moyen. Ce n'était pas gagné. La France et la Suède (soutenues par la Belgique) souhaitaient aussi qu'il soit fait mention d'un calendrier quinquennal commun pour la mise en œuvre des NDC. Cela n'a pas été retenu.
S'agissant de l'article 6.2 sur les transferts de crédits, le Conseil insiste sur la nécessité de règles robustes. Plusieurs délégations ont dit s'opposer fermement à ce que des crédits non utilisés du Protocole de Kyoto puissent être transférés pour être utilisés après 2020.
« Je ne vois pas pourquoi il faudrait des horizons temporels conjoints. Il ne faut pas préjuger des discussions futures. Les NDC sont compatibles avec les cycles quinquennaux de l'Accord de Paris », avait déclaré le commissaire Miguel Arias Cañete au cours du débat. Il s'était en revanche dit d'accord avec la France et les Pays-Bas sur l'article 6. « Les NDC doivent interdire tout recours au surplus de crédits du Protocole de Kyoto. Nous devons être clairs face à l'Australie », avait-il affirmé.
Le Conseil appelle l'Organisation maritime internationale (OMI) à mettre en œuvre rapidement sa stratégie initiale de réduction des émissions des gaz à effet de serre des navires, adoptée en 2018. La Belgique souhaitait faire référence aux mesures à court terme pour réduire les émissions d'ici 2023, au grand dam de la Grèce et de Malte. (Aminata Niang)