Apparaissant détendu, le commissaire désigné à la Gestion des crises, Janez Lenarčič, semble avoir convaincu les eurodéputés durant son audition au Parlement européen, mercredi 2 octobre.
Répondant à 24 questions de la commission parlementaire du Développement (DEVE) et de celle de l’Environnement (ENVI), le candidat slovène s’est engagé à défendre le droit à l’aide humanitaire et a souligné à de nombreuses reprises l’importance de la prévention.
« En tant que commissaire chargé de la Gestion des crises et que coordinateur européen des interventions d'urgence, mon premier objectif sera de soutenir rapidement et efficacement les personnes dans le besoin, dans le plein respect des principes humanitaires », a-t-il ainsi déclaré lors de son intervention préliminaire.
Et de poursuivre : « J'insisterai fermement sur la préservation de l'espace humanitaire. Il est inacceptable que les acteurs humanitaires soient de plus en plus pris pour cible et que leur accès aux personnes dans le besoin soit régulièrement bloqué! »
Cet engagement a conduit Erik Marquardt (Verts/ALE, allemand) à lui faire remarquer qu’il ne fallait parfois pas regarder bien loin pour trouver des exemples d’opposition au travail des organisations humanitaires, faisant ainsi probablement référence à l’arrestation de la capitaine du navire Sea Watch 3, Carola Rackete, fin juin, en Italie, pour avoir débarqué sans autorisation des migrants sauvés au large de la Libye (EUROPE 12288/16).
Abondant dans son sens, M. Lenarčič lui a répondu que, selon lui, l’action humanitaire ne doit jamais être soumise à des sanctions pénales, tout en regrettant que cela ne semble « pas aller de soi » partout.
Le candidat slovène a en outre appelé les eurodéputés à soutenir l’augmentation de 30% du budget de l’aide humanitaire proposée par la Commission dans le cadre du cadre financier pluriannuel 2021-2027 (EUROPE 12013/1). « Il s'agit là d'un élément essentiel à la réalisation de notre ambitieux programme au cours des cinq prochaines années et au-delà », leur a-t-il assuré.
Respect du principe d’impartialité. Dans une volonté similaire de défendre le droit à l’aide humanitaire, le potentiel futur commissaire à la Gestion des crises a également répété l’importance qu’il attache au respect du principe d’impartialité.
Répondant à une question du Hongrois György Hölvényi (PPE) sur la situation en Syrie, dans laquelle le député soulignait la nécessité d’aider en particulier les minorités chrétiennes du pays, M. Lenarčič a soutenu que l’aide humanitaire doit être apportée partout où elle est nécessaire, sans aucune considération de croyances ou autres.
Afin de rassurer Charles Goerens (Renew Europe, luxembourgeois), qui lui recommandait de « défendre bec et ongles » le principe d’impartialité s’il devait être attaqué, le Slovène a ensuite déclaré que ce principe constituait « une condition sine qua non de l’aide humanitaire ».
Lutte contre la crise environnementale. M. Lenarčič n’a évidemment pas échappé aux questions liées au réchauffement climatique et, plus précisément, aux interrogations des députés sur la manière dont il comptait agir face à des catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes et violentes.
Sur ce point, le commissaire désigné à la Gestion des crises a mis en avant l’importance de la prévention et de l’adaptation, en mettant notamment en place le Green Deal européen promu par la présidente élue, Ursula von der Leyen. Il a reconnu que les commissaires seront confrontés au défi majeur de travailler ensemble, car, sans coopération, le Green Deal ne pourra être efficacement réalisé.
À cet égard, il a assuré que, dans le cas où sa candidature serait acceptée, il ferait partie du « cluster » de commissaires travaillant en étroite collaboration sur les questions environnementales au sein de la future Commission.
Il s’est en outre engagé à travailler avec les partenaires de l’UE aux Nations unies pour qu’une définition fonctionnelle des personnes déplacées pour raisons climatiques voie le jour. En effet, interpellé par Mónica Silvana González (S&D, espoagnole) sur l’absence de statut juridique dans ce domaine, il a jugé que le terme de « réfugié climatique » était en tout cas inapproprié, car selon la Convention de Genève, un réfugié est une personne qui fuit son pays, ce qui n’est pas le cas de tous les « déplacés climatiques ».
Rôle du privé. Interrogé par Joanna Kopcińska (CRE, polonaise) sur le rôle que devrait avoir le secteur privé selon lui dans l’aide humanitaire, M. Lenarčič s’est dit favorable à son implication, car sans le privé, l’aide humanitaire et, plus largement, le Green Deal risquent de souffrir d’un manque de moyens financiers.
Néanmoins, il a insisté sur le fait que cela ne devrait pas se faire au détriment des principes qui régissent l’aide humanitaire. Et d’ajouter : « L’aide humanitaire, c’est une mission empreinte de noblesse, ça ne doit jamais devenir une activité commerciale ».
Promouvoir la résilience locale. M. Lenarčič a également mis plusieurs fois en avant la nécessité de travailler avec les organisations locales en les incluant dans le processus d’aide humanitaire.
Enfin, il a également assuré à maintes reprises qu’il travaillerait en étroite collaboration avec sa potentielle future collègue aux Partenariats internationaux, la Finlandaise Jutta Urpilainen, compétente également pour le Développement, afin de veiller au développement des pays, en particulier à l’éducation, et que l’aide fournie par l’UE ne soit ainsi que temporaire. Dans ce domaine, il a appelé à travailler à l'établissement d'un lien entre l'humanitaire, le développement et la paix ('a humanitarian-development-peace nexus').
En guise de conclusion, le commissaire désigné a vanté les mérites du Centre de coordination des interventions d'urgence de l'Union européenne (ERCC). « Il y a quelques années, [Henry] Kissinger avait demandé : quel est le numéro de téléphone de l’Europe? Lorsqu'il s'agit d'intervenir en cas d'urgence, voici le numéro ! », a-t-il lancé aux députés, en brandissant une pancarte avec le numéro du ERCC sous les rires et les applaudissements. (Damien Genicot)