Marija Pejčinović Burić est apparue déterminée lors de son premier discours en tant que Secrétaire générale du Conseil de l'Europe (COE), prononcé devant l'assemblée parlementaire, mercredi 2 octobre à Strasbourg.
« Je prends mes fonctions à une période difficile pour le COE. Je n'ai pas d'illusion : exercer mon mandat ne sera pas facile », a déclaré celle qui avait été élue fin juin, à la surprise générale, face à son concurrent, le Belge Didier Reynders (EUROPE 12284/23).
Les chantiers qui l'attendent sont en effet immenses. Il lui faudra tout d'abord maintenir la dimension de dialogue et de coopération qui caractérise l'organisation. On a vu, au travers de la crise russe qui a figé Moscou et l'APCE dans des postures quasi irréconciliables, à quel point cette dimension n'est pas acquise.
Cette semaine d'ailleurs, la nouvelle délégation ukrainienne, ulcérée par le retour des parlementaires de la Douma, n'a pas présenté ses pouvoirs pour validation par l'hémicycle. Tout comme celles des pays baltes et de la Géorgie, elle a par ailleurs boudé les cérémonies du 70e anniversaire du Conseil de l'Europe.
Mme Pejčinović Burić espère que le nouveau mécanisme de violation du statut du COE, élaboré conjointement par l'APCE et le Comité des ministres (CM), permettra de repartir sur des bases solides : réagir aux atteintes à l'État de droit, aux droits de l'homme et à la démocratie (comme cela a été le cas avec l'annexion de la Crimée), mais par des mesures graduées qui maintiennent un dialogue constructif.
Les discussions sont en cours cette semaine, sous présidence française du Comité des ministres. Elles vont se poursuivre et chacun espère que ce mécanisme conjoint sera effectif en janvier, date à laquelle entrera en fonction une présidence géorgienne du CM, a priori moins facilitatrice.
À cette réflexion sur le rôle si particulier du Conseil de l'Europe s'ajoute une dimension financière largement évoquée par la nouvelle Secrétaire générale. La crise russe a clairement montré à quel point le COE est tributaire des contributions de ses États membres. Si un pays de l'importance de la Russie fait défaut, comme ce fut le cas après les sanctions imposées par l'APCE, c'est toute l'organisation qui tremble.
« L'ardoise russe est aujourd'hui quasiment effacée », s'est réjouie la Secrétaire générale, mais « nous devons trouver un moyen de stabiliser et de pérenniser le financement à long terme du COE ». Elle a évoqué un éventuel recours complémentaire à des « sources et modalités innovantes de financement », sans en dire plus. Pour l'heure, elle compte soumettre l'organisation à un audit externe.
Impossible pour la Secrétaire générale de ne pas évoquer les nouveaux défis qui attendent le COE. Certains émergent au sein même des 47 États membres, comme cette tendance à freiner – voire à bloquer – la mise en œuvre des arrêts de la Cour européenne des droits de l'homme. Un pli dangereux qu'il faut aplanir, tout comme il faudra s'attaquer de front aux attaques contre le système judiciaire ou contre la presse, qui se multiplient dans une Europe où la corruption et les violences faites aux femmes sévissent encore et toujours.
Face à une pauvreté en augmentation, Mme Pejčinović Burić entend promouvoir la Charte sociale européenne et s'attaquer de front à la question des nouvelles technologies qui impactent l'emploi.
Sera aussi approfondie la coopération avec l'Union européenne, notamment via l'adhésion de celle-ci à la Convention européenne des droits de l'homme, « le plus rapidement possible ».
Devant la presse, elle a annoncé qu'elle rencontrera la présidente élue de la future Commission européenne, Ursula von der Leyen, « dans les mois qui viennent ». « Une des questions abordées sera celle-là », a-t-elle promis.
Aux questions qui ont suivi son discours, la Secrétaire générale du Conseil de l'Europe a répondu de manière souvent évasive, mais en promettant de revenir échanger avec les parlementaires à chaque session, afin de faire un état des lieux précis.
Là encore, elle a insisté sur le dialogue, qu'elle inscrit comme un fer de lance de son mandat. Elle souhaite une coopération à l'intérieur de l'organisation et de ses États membres et plus de « visibilité » pour les réalisations du COE. Pour cela, elle compte « insister sur la valeur ajoutée ». Un défi de plus. (Véronique Leblanc)