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Bulletin Quotidien Europe N° 12331
POLITIQUES SECTORIELLES / NumÉrique

Malgré les mesures américaines, Huawei tente de regarder vers l'avenir

Huawei n’a pas l’intention de se laisser démonter par les menaces américaines : si l’équipementier chinois a confirmé, jeudi 19 septembre, que son prochain smartphone ne disposera pas des applications mobiles de Google en raison des mesures prises par les États-Unis, il a aussi mis en avant, lors des Huawei Connect à Shanghai, une série d’initiatives tournées vers l’avenir.

Lors de cette grand-messe annuelle, l’entreprise a annoncé son intention de développer une stratégie tournée vers le calcul informatique statistique et a présenté son nouveau supercalculateur dans le domaine de l’intelligence artificielle, Atlas 900, « plus rapide de 10 secondes que le précédent record mondial », a commenté Ken Hu, actuel PDG en alternance de Huawei. Il a affirmé que l'entreprise allait continuer à investir dans deux technologies : la connectivité et l’informatique, « deux technologies équitablement importantes pour développer un monde intelligent », a-t-il défendu dans son discours d'ouverture.

Les Shanghai Connect se sont tenus en grande pompe en Chine du 18 au 20 septembre. Environ 20 000 personnes y ont participé, parmi lesquelles de nombreux professionnels des technologies de l’information et de la communication venus présenter leurs produits, des parties prenantes intéressées, ainsi que 250 journalistes qui, du moins dans le cas d’EUROPE, étaient gracieusement invités par Huawei

Deux campagnes de communication

Depuis plusieurs mois, l'entreprise tente en effet de mobiliser les journalistes pour répondre à la campagne de dénigrement menée par le gouvernement américain. Persuadée que le leader de la 5G mène des activités d'espionnage pour le compte des autorités chinoises, l'administration Trump a en effet placé Huawei et ses filiales sur liste noire, empêchant ainsi les entreprises américaines, dès novembre, de commercer avec le groupe. Washington a également décidé d'empêcher les agences fédérales américaines, comme le Pentagone ou la NASA, d'acquérir du matériel Huawei qui entrerait comme un « composant substantiel ou essentiel à l'ensemble d'un système » et tente par ailleurs de convaincre ses partenaires de suivre son exemple. 

Aux Shanghai Connect, Huawei est resté fidèle à sa ligne de défense et a plaidé la bonne foi, réaffirmant que « ces suspicions ne sont basées sur aucun fondement ». Dix jours plus tôt, l'entreprise avait même été jusqu'à proposer de partager sa technologie 5G, idéalement avec Apple ou Amazon. Vu la situation, elle a également annoncé à Shanghai son intention d'engager plus de développeurs de logiciels (1,5 milliard de dollars US).

« Tout ce que fait Huawei, c'est éviter de perdre plus de plumes. Ils essaient de contrôler les dégâts », a analysé à Shanghai Ernest Worthman, membre de haut rang de l'association américaine IEEE participant à la conférence. Il lui paraît peu probable que Huawei partage l'ensemble de ses droits de propriété intellectuelle: « Peut-être des algorithmes, des applications ou des programmes de nature générique, mais pas ceux où ils sont les plus forts et les plus rapides. »  

Malgré ces tentatives, le 18 septembre, Huawei a été suspendu du forum mondial chargé des réponses aux incidents et de la sécurité informatique. Et le 19 septembre, il a dû présenter ses nouveaux smartphones basés sur un système d'exploitation open source d'Android, c'est-à-dire sans YouTube ou d'autres services de Google préinstallés.

Et en Europe ? 

De son côté, l'Union européenne, qui représente 15% des revenus totaux de Huawei (contre 49% en Chine), est à la croisée des chemins sur la 5G : elle doit en effet décider de ses standards en termes de sécurité des réseaux et prendre position sur la technologie de référence pour les voitures connectées. 

Sur la sécurité des réseaux 5G, tous les États membres ont, sur invitation de la Commission européenne, réalisé une évaluation nationale (EUROPE 12222/23, 12326/14). Ces 28 rapports seront complétés, d'ici au 1er octobre, par celui de l'Agence européenne pour la cybersécurité. Ils permettront aux États membres, de concert avec la Commission, de décider d'ici à l'automne 2020 si des mesures réglementaires doivent être prises. À ce stade, malgré les rumeurs (y compris dans la presse estonienne), aucun État membre n'a encore exclu spécifiquement Huawei.

De l'avis de plusieurs observateurs présents à Shanghai, l'Europe pourrait se diriger vers le compromis allemand, qui consiste à établir une série de principes directeurs, comme une clause de non-espionnage, à respecter par les acteurs commerciaux (EUROPE 12217/25). 

L'Union européenne doit également prendre position sur un standard européen pour les voitures connectées (STI-C). En mars dernier, la Commission européenne avait opté pour une technologie dérivée du Wifi, mais le Conseil de l'UE avait fini par s'y opposer (EUROPE 12213/37, EUROPE 12289/8). La Commission pourrait dès lors se tourner vers une autre technologie, la technologie C-V2X destinée à intégrer la 5G, pour laquelle Huawei est à la pointe et pour laquelle la Chine a déjà libéré des fréquences, ayant déjà développé une vingtaine de projets.

« La proposition de la Commission était raisonnable au moment où elle l'a présentée, mais depuis, la technologie a changé. Selon moi, la prochaine étape est d'intégrer la 5G », a souligné Rui Aguiar, professeur à l'Institut de télécommunications de Lisbonne et président de la plateforme Networld 2020, à laquelle appartient Huawei

Ces décisions incomberont toutefois à la prochaine Commission européenne. (Sophie Petitjean)

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