Réunis pour la première fois, jeudi 12 septembre en dehors de Bruxelles, les vingt-six commissaires désignés de l'équipe 'von der Leyen' ont fait connaissance et ont commencé à préparer les auditions auxquelles ils se soumettront pendant trois heures, entre le lundi 30 septembre et le mardi 8 octobre (EUROPE 12326/24).
Toute l'équipe sera présente à Strasbourg lors de la session plénière de rentrée du Parlement européen, du lundi 16 au jeudi 19 septembre (voir autre nouvelle). Ce sera l'occasion, pour chaque commissaire désigné, de nouer des contacts avec les nouveaux eurodéputés ou de renouer les contacts avec d'anciens collaborateurs. Onze commissaires désignés - M. Dombrovskis, M. Borrell, Mme Goulard, M. Schinas, M. Schmit, Mme Šuica, Mme Plumb, M. Wojciechowski, Mme Ferreira, M. Trócsányi, Mme Gabriel - siègent, ou ont déjà siégé, au Parlement européen.
Chaque personnalité est désormais autorisée à constituer une équipe de transition composée de deux fonctionnaires (grades AD et AST) afin de préparer les auditions.
Les eurodéputés enverront à chaque commissaire désigné une série de 5 à 8 questions écrites préalables à la tenue des auditions. Lundi 16 septembre, le président de la commission parlementaire de l'environnement, Pascal Canfin, réunira les coordinateurs des groupes politiques pour plancher sur des questions écrites et orales, rédigées en commun pour leur conférer un poids politique plus important.
La Conférence des présidents des groupes politiques (CoP) est appelée à arrêter les modalités des auditions des trois vice-présidents exécutifs : le socialiste néerlandais Frans Timmermans, chargé du Green Deal européen, la Danoise Margrethe Vestager, chargée de l'adaptation de l'Europe à l’ère du numérique, et le chrétien-démocrate letton Valdis Dombrovskis, chargé de placer l'économie au service des personnes (EUROPE 12324/1).
La question posée pour ces trois auditions, qui auront lieu mardi 8 octobre, est celle du niveau pertinent des auditeurs. Les trois vice-présidents exécutifs seront-ils questionnés par la CoP ou par toutes les commissions parlementaires potentiellement concernées par trois portefeuilles, par nature très transversaux ?
Le groupe Renew Europe veut des auditions par les commissions parlementaires pertinentes. Pour nous, c'est « une ligne rouge absolue », a souligné M. Canfin, mettant en garde, vendredi 13 septembre devant quelques journalistes, contre « un échec démocratique important ».
Or, en octobre 2014, l'audition de M. Timmermans pour le poste de premier vice-président de la Commission 'Juncker' avait été menée par la CoP (EUROPE 11171/4).
Au Parlement européen, l'heure ne semble pas à une veillée d'armes visant à programmer la sortie de route de certains commissaires désignés, mais plutôt aux demandes d'éclaircissements. Le président de l'assemblée européenne, David Sassoli, souhaite notamment que Mme von der Leyen s'explique devant la CoP, jeudi 19 septembre, sur l'intitulé du portefeuille 'Protéger notre mode de vie européen' attribué au vice-président Margaritis Schinas (EUROPE 12326/4).
Les trois principales familles politiques pro-européennes - chrétienne-démocrate (PPE), sociale-démocrate (S&D), libérale (Renew Europe) - sont conscientes qu'elles ont dans leurs rangs un profil potentiellement problématique, en l'occurrence : l'élu du parti Fidesz hongrois, M. Trócsányi, pour le PPE, ainsi que Mme Plumb, pour le S&D, et Mme Goulard, pour RE, toutes deux en raison de démêlés de près ou de loin avec la justice. Cela pourrait concerner aussi M. Wojciechowski, visé par une enquête de l'OLAF, dans le camp des souverainistes.
Outre les auditions, les curriculum vitae des commissaires désignés seront passés au crible par la commission des affaires juridiques du PE afin de déterminer la compatibilité du profil de chaque commissaire désigné avec le portefeuille attribué.
« Nous savons qu'il y a des noms controversés », a reconnu la présidente du groupe S&D au PE, Iratxe García Pérez, jeudi. Elle a refusé de s'avancer sur la possibilité qu'une réaction en chaîne se déclenche si un candidat désigné est directement attaqué par un groupe politique. « Ce n'est pas un jeu », a-t-elle souligné, préférant s'en tenir au respect de la procédure pour que la lumière soit faite sur des situations potentiellement litigieuses.
Néanmoins, « le respect de l'État de droit » n'est pas négociable pour le groupe S&D, a dit Mme García, reconnaissant une inquiétude vis-à-vis des deux commissaires désignés - Mme Goulard et M. Wojciechowski - faisant l'objet d'une enquête de l'OLAF. (Mathieu Bion)