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Bulletin Quotidien Europe N° 12327
ACTION EXTÉRIEURE / MacÉdoine du nord

M. Dimitrov se dit optimiste quant à l’ouverture des négociations d’adhésion à l'UE en octobre

Le Conseil ‘Affaires générales’ du 15 octobre doit se prononcer sur l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie.

Alors que la décision a été plusieurs fois repoussée, Skopje, qui a signé un accord historique avec la Grèce et un autre avec la Bulgarie, et qui poursuit ses réformes, espère que cette fois sera la bonne.

Le ministre macédonien des Affaires étrangères, Nikola Dimitrov, s'est rendu cette semaine à Paris, Bruxelles et Berlin pour expliquer l’importance de l’avenir européen de son pays. (Propos recueillis par Camille-Cerise Gessant)

Agence Europe - Dans quelle mesure êtes-vous optimiste quant à une décision sur l'ouverture des négociations d'adhésion en octobre ?

Nikola Dimitrov : J'essaie de changer la terminologie pour l'appeler ‘achèvement’, à cause de la carte de l'Union européenne. Si vous regardez les Balkans occidentaux, nous sommes encerclés par les États membres.

Je suis optimiste. Nous avons des arguments très convaincants cette année, et ce, pour de nombreuses raisons. Il y a une poussée évidente vers une véritable démocratie européenne, régie par l'État de droit, où les médias sont libres et où les freins et contrepoids sont fonctionnels.

Cela a été reconnu par le rapport très positif de la Commission en mai dernier (EUROPE 12266/3).

Ensuite, nous avons fait quelque chose que certains disaient presque impossible, à savoir résoudre l'un des conflits les plus anciens de la région, d'une manière très européenne, en parvenant à un compromis européen qui a créé une solidarité de fait entre la Macédoine du Nord et la Grèce, ainsi qu'un accord d'amitié avec la Bulgarie. Nous sommes donc maintenant un pays qui n'a pas de questions bilatérales en suspens dans la région. L'attractivité européenne a été l'un des éléments importants dans ce processus.

Nous entendons les préoccupations de certains États membres, à savoir comment rendre le processus d'adhésion plus strict et plus orienté vers le changement, ce qui est au cœur des intérêts des populations de la région.

Les enjeux sont énormes, tant pour notre démocratie que pour la région. Et la décision sur notre dossier sera un message important pour tous les autres pays de la région et pour l'UE afin de maintenir son influence et sa crédibilité dans la région.

AE - La situation est-elle différente de celle de juin ? Pensez-vous qu'il y a un sentiment différent dans certains pays de l'UE aujourd'hui ?

ND - En juin, la décision a été reportée. Le Conseil a déclaré qu'il examinera les progrès accomplis dans les domaines fondamentaux clés qu'il a définis en juin 2018 - la lutte contre la criminalité organisée et la corruption, les réformes judiciaires, l'administration publique et le renseignement - et qu'il prendra une décision en vue d'entamer les négociations d'adhésion. Cela n'a pas été possible (en juin), le temps était limité entre le rapport de la Commission et le Conseil 'Affaires générales'. Maintenant, tous les regards sont tournés vers la mi-octobre.

Je pense donc que les enjeux sont tels qu'il y a une réflexion très sérieuse dans les capitales sur la façon de saisir cette occasion de réussir à un moment où il n'y a pas trop d'occasions de réussites.

AE- Vous êtes candidats depuis 14 ans et vous attendez l'ouverture des négociations depuis 10 ans. Les Macédoniens croient-ils toujours à l'UE et à l'adhésion de leur pays ?

ND - L'intégration européenne est soutenue par 90% des citoyens dans les derniers sondages que j'ai vus, ce qui représente plus que l'ensemble des partis politiques réunis.

D'un autre côté, je dois être honnête, ce ne sera pas facile pour moi, en tant que ministre, de rentrer chez moi après octobre et de dire : « Oh, ils décideront l'année prochaine ». Nous avons besoin de carburant (fuel) politique pour continuer à avancer dans la bonne direction.

AE - Avant l'été, votre Premier ministre, Zoran Zaev, était à Bruxelles et a prévenu que, si la Macédoine du Nord n'obtenait pas de date pour l'ouverture des négociations (à l’époque on parlait de juin), le nationalisme pourrait faire son retour. Pensez-vous que cela pourrait arriver (EUROPE 12269/17) ?

ND - Moi qui ne fais partie d'aucun parti, je pense que le gouvernement ne voit pas d'autres solutions que de devenir européen. Si nous n'avons pas la perspective (d’adhésion, NDLR), et c'est ce qui est en jeu essentiellement en octobre, nous allons nous affaiblir et les sceptiques, les forces nationalistes et populistes vont se renforcer. Cela aidera ceux qui ont des doutes sur le projet européen, sur cette orientation stratégique. Et une décision positive, au contraire, nous aidera à dire : « Vous voyez, c'est possible et c'est entre nos mains ».

AE - En octobre, les États membres de l'UE devront également se prononcer sur l'Albanie. Pensez-vous être l'otage du cas albanais, car certains pays sont peut-être plus ouverts à l'ouverture des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et plus réticents avec l'Albanie, mais gardent les deux pays groupés ?

ND- Je vois quatre aspects dans cette relation complexe. Notre vision pour les Balkans est que, pour que nous soyons une démocratie européenne prospère, nous avons aussi intérêt au succès de nos voisins. Nos intérêts nationaux sont que l'Albanie réussisse également.

Sur le plan géopolitique, il est sage d'investir dans l'avenir européen de Tirana et de penser que les préoccupations relatives à certaines questions, telles que l'État de droit, seront mieux prises en compte, si elle est dans le processus plutôt qu'en dehors.

Cela dit, il n'est pas possible de concilier un processus fondé sur le mérite, qui repose essentiellement sur la logique de la conditionnalité, avec la constitution de groupes.

Enfin, je pense que deux (pays qui obtiennent l’ouverture des négociations d’adhésion) c’est mieux qu’un, mais un est mieux que zéro. Nous devons travailler dans la région pour créer une dynamique positive afin de nous aider mutuellement à aller de l'avant plutôt qu’une dynamique négative.

AE – Les réformes et l'État de droit sont importants pour l’UE. Où en êtes-vous avec ça ?

ND - En ce qui concerne les fondements de la démocratie, je pense qu'il y a un progrès évident en termes de liberté des médias, qui est très important pour que les responsables politiques rendent des comptes.

Nous avons amélioré la législation, le cadre législatif de notre système judiciaire - ce qui a été salué par la Commission de Venise - en étroite coopération avec celle-ci et la Commission européenne, puis en étroite consultation avec la société civile et l'opposition.

La mise en œuvre est aussi probablement plus importante que la législation.

Nous avons une nouvelle commission anticorruption composée de personnes sélectionnées selon une procédure très transparente. Elles ont une compétence plus large et sont en activité depuis quelques mois maintenant. Elles ont déjà ouvert 800 dossiers et en ont fermé environ 200.

Pour l'administration publique, je vais vous donner un exemple : celui du ministère des Affaires étrangères. Les 10 derniers ambassadeurs que nous avons envoyés à l'étranger ont en moyenne 22 ans d'expérience diplomatique. Les dix derniers ambassadeurs du gouvernement précédent avaient en moyenne moins de trois ans d'expérience. On met donc davantage l'accent sur le professionnalisme et le mérite que sur l'appartenance à tel ou tel parti. Une loi sur les hauts fonctionnaires, en cours d'examen, favorisera cette tendance dans le pays.

Le dernier domaine décrit dans les conclusions du Conseil est celui des réformes du secteur du renseignement. Nous avons un nouveau cadre législatif, mais de nouvelles institutions sont déjà en place et elles fonctionnent. L'une est une agence d'interception des communications. Nous avons enlevé cette compétence au ministère de l'Intérieur, créé une agence indépendante et mis en place trois niveaux de contrôle : le parlement, la société civile et le système judiciaire. Et depuis le 1er septembre, nous avons l'agence de sécurité nationale, qui est l'agence de sécurité et de contre-espionnage, et qui faisait auparavant partie du ministère de l'Intérieur. Il s'agit maintenant d'une agence distincte où tous les employés sont soumis à des vérifications auprès de 11 institutions différentes et de nombreuses bases de données pour s'assurer que nous disposons d'institutions modernes et fonctionnelles traitant de ces questions sensibles.

AE- Mardi, la Commission von der Leyen a été annoncée. Que pensez-vous du prochain commissaire chargé de l’Élargissement, László Trócsányi ? Le fait qu'il ait été ministre de la Justice en Hongrie - où vit l'ancien Premier ministre Nikola Gruevski, alors que votre pays demande à Budapest de le renvoyer - est-il un problème ?

ND- Tout d'abord, nous sommes heureux qu’il y ait essentiellement le même portefeuille sur le fond que celui du commissaire Hahn.

Nous sommes également encouragés et apprécions les messages de la présidente élue lorsqu'il s'agit de notre région, l'intérêt qu’elle y porte, et nous pensons qu'au sein de la Commission, ce qui est vraiment important est de maintenir les deux piliers sur lesquels repose une adhésion réussie. Le premier est l'intérêt de rendre la région européenne, donc de s'engager, et le second est l'approche stricte et équitable à examiner (la situation) pour faire une évaluation objective de l'état d'avancement ou de l'absence de progrès. Nous croyons donc que le collège des commissaires, après l'audition parlementaire, veillera à ce que ces deux piliers soient maintenus. Les deux sont très importants pour la réussite du processus.

Avec la Hongrie, nous avons un intérêt. Ils sont limitrophes de la région et s'intéressent aux progrès de celle-ci, ce qui est vraiment bienvenu. Ce n'est un secret pour personne que nous avons un différend, à savoir que notre ancien Premier ministre a été condamné et qu'il y a plusieurs affaires en cours à son encontre, qu'il a cherché refuge et en a trouvé un en Hongrie. Il est important de travailler ensemble dans les domaines où nous avons des intérêts communs, malgré cette différence.

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