Lors d’un débat avec la Commission européenne, jeudi 5 septembre à Bruxelles, les députés de la commission de l’environnement du Parlement européen ont bien accueilli le cadre d’action présenté en juillet par la Commission pour intensifier la lutte contre la déforestation mondiale (EUROPE 12302/1).
Les feux de forêt en Amazonie donnent la mesure de l’enjeu, a estimé le président de la commission parlementaire, Pascal Canfin (Renew Europe, français). La reconnaissance par la Commission de la responsabilité de l’UE dans le problème et sa solution a contribué à cet accueil. Nombreux ont été les députés à saluer l'accent mis sur la politique commerciale de l'UE et à s'interroger sur l'accord de libre-échange avec le Mercosur.
« L'UE importe et consomme un tiers des échanges commerciaux mondiaux liés à déforestation, notamment l'huile de palme et le bois. Nous faisons partie du problème et de la solution », a souligné Astrid Schomaker, directrice du développement durable mondial à la Commission (DG Environnement).
La Commission organisera une conférence sur les forêts dans l’UE les 22 et 23 janvier 2020, a-t-elle annoncé. Selon elle, l'institution a aussi commencé à travailler sur la plateforme multipartite sur la déforestation, la dégradation des forêts et la production forestière. Les discussions ont débuté avec le Centre commun de recherche pour établir l’observatoire de la déforestation au niveau mondial.
De nombreux députés ont demandé une réglementation pour les importations liées à la déforestation. Mme Schomaker leur a répondu : « Nous avons fait des études de faisabilité sur le type de réglementation, mais la question qui se pose est de savoir s'il faut des mesures spécifiques par secteur ou une approche globale. Il faut une législation ambitieuse, mais qui soit applicable par les opérateurs. C’est pourquoi nous disons prudemment que nous allons évaluer quelles réglementations pourraient être utiles. »
« Que veut dire mesure réglementaire ? Nous devons garantir la croissance durable dans les pays moins développés. Prendre le commerce en otage n'est pas une solution », a déclaré Pernille Weiss (PPE, danoise). « Si on conclut un accord non contraignant, il ne faut pas s’étonner que Bolsonaro déforeste. L'accord avec le Mercosur est-il contraignant ou pas ? », a lancé l'Allemand Martin Haüsling (Verts/ALE).
Et Mme Schomaker de réitérer la position de la Commission : « La politique commerciale nous permet le dialogue. Si l'accord de libre-échange avec le Mercosur est signé, le Brésil s’ancrera dans l’Accord de Paris. Nous avons besoin d’un dialogue renforcé. Certains disent qu'il faut fermer dès à présent nos marchés aux matières premières issues de la déforestation. Ce n'est pas le genre de mesures que nous envisageons dans le cadre du multilatéralisme ».
À la suite d'un accord des coordinateurs des groupes politiques, la commission de l'environnement préparera un rapport d'initiative, a annoncé Pascal Canfin. Peter Liese (PPE, allemand) a reconnu s'être « laissé convaincre » et a souligné l'importance d'un débat en session plénière à Strasbourg, dans quinze jours.
« Pas de conclusion hâtive vis-à-vis du Mercosur. Nous avons besoin de positions claires et de solutions durables », a-t-il ajouté.
Le libéral finlandais Nils Torvalds, soulignant que l'UE est un « grand importateur de soja, donc en partie responsable de ce qui se passe au Brésil », a appelé à « des positions claires ».
Anja Hazekamp (GUE/NGL, néerlandaise) a rappelé que « la forêt brûle partout dans le monde, également chez nous, en Allemagne, aux Pays-Bas », et qu'un million d’espèces sont menacées d’extinction dans le monde. « L'Europe et sa politique agricole et commerciale y contribuent. L'UE a importé 1,5 million de tonnes de soja et 400 millions de tonnes de viande de bœuf l’an dernier », a-t-elle considéré. Selon elle, il faut absolument « changer notre mode d'alimentation, stopper les subventions à élevage intensif. »
Pour l'Italienne Eleonora Evi (non-inscrits), notre consommation de céréales et de viandes est en contradiction avec l'ambition de l'UE en matière de biodiversité et de climat. Elle a déploré que l'UE « importe du soja OGM sans tenir compte des objections du Parlement européen ». (Aminata Niang)